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La dernière idole de et par Hélène François et Emilie Vandenameele

La fin d’une époque

eugene3Au soir de sa vie, un rockeur français, dont l’identité est transparente, revient sur les moments forts d’une existence marquée par les excès en tous genres (sex, drugs and….). Un seul en scène plein de force spontanée qui décrit sur un rythme haletant la tragédie d’un homme qui a lutté toute sa vie pour lui donner un sens.

Né avec le rock ou presque, un célèbre chanteur jette un regard en arrière sur sa (très) longue vie et sa tout aussi longue carrière. Un mal le ronge. C’est son coeur qui est atteint. Un battement cardiaque en arrière-fond sonore vient d’ailleurs nous rappeler que ses excès l’ont rattrapé. Au crépuscule de son existence, notre homme fait le point sur les moments marquants, les souvenirs douloureux, l’adrénaline – véritable drogue – qui le saisit quand il monte sur scène et surtout, surtout, la perspective de sa mort prochaine.

La dernière idole est une pièce à clé. Dès les premières minutes, on la devine inspirée de la vie d’un célèbre rockeur français. Afin de ne spoiler personne, le Rhino s’abstiendra de dévoiler son identité, jamais révélée d’ailleurs dans la pièce en dépit d’une multitude d’indices, des prénoms (Nathalie, Sylvie, Laura…) en général. Si le point de départ est classique, abondamment traité par le cinéma, cette pièce parvient à donner de l’épaisseur humaine et une certaine poésie à une icône ringarde, souvent regardée de haut en France, notamment par les jeunes. Elle jette un coup de projecteur sur une tragédie dans laquelle beaucoup pourrait se reconnaître et craindre de se projeter : celle d’un homme qui ne sait toujours pas qui il est à 70 ans passés. Comme le rappelle une citation de Nathalie Heinich, spécialiste de l’art contemporain, en exergue de la pièce, une idole n’existe que dans le regard des autres

Vanités

Pour toute mise en scène, une grande table sur laquelle s’étalent les restes d’une soirée, biscuits apéritifs, verres de vins entamés… Comme les vanités de la Renaissance, ou les natures mortes, ce décor en clair-obscur forme une allégorie de la vie de notre héros : la fêtée est finie, on remballe les costumes. Tout ce pour quoi il a vécu, le strass, les paillettes, était au final bien vain et destiné à pourrir. Si tout débute dans le noir, comme avant un concert, on oscille tout au long de la représentation entre semi-obscurité et lumière crue, comme dans un show musical. Les grands rendez-vous avec son public et les années de ses grands concerts (1994 à Bercy, etc.) sont d’ailleurs les seules balises auxquelles notre héros semble se rattacher.

Visuel 1 � Manon AD. Mallet

On notera une juste alternance dans le jeu de l’unique acteur entre colère hurlée et souvenirs murmurés, qui trahit la fragilité d’un homme et les blessures cachés – l’accident qui a brisé son couple – derrière une vie menée tambour battant. Pas d’erreur de casting non plus : avec son tatouage et sa gueule d’ange blond ravagé par les excès, Pierre-François Garel semble être né pour incarner les stars déchues. Sa présence physique lui permet d’incarner à merveille les torsions d’un corps fatigué par les excès, les coups tirés vite faits avec des fans, les hospitalisations, les vertiges qui vous saisissent parfois par surprise pendant que vous dînez avec vos musiciens.

Tout se conclut sur un instant christique, lumineux et triste à la fois : éclairé par une lumière sépulcrale, notre rocker égrène les noms des célébrités qu’il a côtoyées avant leur mort, réalisant qu’il est devenu un dinosaure, le dernier vestige d’une époque révolue.

Avec qui y aller ? Un hipster qui déteste la variété française et trouve ça soooo ringard, ou votre ami qui se passionne pour la vie amoureuse ratée de Maria Callas.

Calendrier :
Du 7 au 17 juillet 2016 à 22h40 à Artéphile (Festival d’Avignon)
Du 18 au 22 avril 2017 au Théâtre Jean Arp (Clamart)
Le 25 avril 2017 à L’Avant-Seine (Colombes)


Crédit photos : @beair Silencio 2016 et @Manon AD. Mallet

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