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Ma folle otarie de et par Pierre Notte

Mon cul est loufoque

Du 8/06/2016 au 18/06/2016 au Théâtre de Belleville | Durée : 1h10 | Pour y aller

eugene indifferentL’histoire d’un homme sans histoire, qui n’a jamais rien vécu et se retrouve soudain affligé d’un fessier proéminent. Hilarant mais finalement assez convenu en dépit des retournements de l’intrigue et du soin apporté à l’écriture du texte.

L’employé d’une agence de voyages, insignifiant et timide à l’excès, se trouve conforté soudain à un problème des plus atypiques, a priori risible mais plein de conséquences fâcheuses. Tous ses slips et ses pantalons commencent irrésistiblement à rétrécir depuis que ses fesses ont commencé petit à petit, inexorablement, à grossir démesurément, jusqu’à atteindre les six mètres de diamètre.

Incapable de travailler et même de rentrer dans l’ascenseur de son immeuble, notre homme se retrouve progressivement sans emploi, sans logement, sans argent, condamné à errer dans les rues, devenu une bête de foire pour les touristes. Ce n’est pourtant que le début de ses aventures qui le mèneront à faire la rencontre d’une otarie dont il s’éprendra et à affronter (littéralement) vents et marées avant d’atteindre un dénouement heureux.

Derrière le pitch a priori totalement barré se cache finalement une histoire plus simple qu’il n’y paraît. Cela aurait pu être une variation sur la solitude de l’homme moderne mais c’est finalement beaucoup plus classique et même, disons-le, un peu décevant. Dans Truismes de Marie Darrieussecq, une femme se changeait en truie, devenant ainsi ce que la société voyait en elle, une “cochonne”. Avec Ma folle otarie, on a affaire à première vue à un motif kafkaïen. Comme dans La Métamorphose, où un représentant de commerce piétiné par sa famille se réveille un beau jour changé en insecte, un homme sans histoire et seul se trouve d’un seul coup à affronter quelque chose qui le dépasse.

Fable moraliste et réac’

Sauf qu’ici, ni réflexion féministe, ni plaidoyer contre la méchanceté ordinaire. Ma folle otarie dévie assez vite vers la fable moraliste avec un final peu convaincant. Comme dans un blockbuster américain où le héros timoré du début doit affronter ses peurs pour devenir véritablement un “homme”, la faille – ici, un postérieur démesuré qui met notre au héros du ban de la société – n’est finalement qu’une épreuve pour apprendre à s’affirmer dans la vie.

Visuel 1 � Pierre Notte
Comme s’il fallait s’en convaincre, à la fin, quand le personnage principal s’élance dans les airs, propulsé par le pet qui s’échappe de ses fesses et les transforme en montgolfière, c’est d’ailleurs son pénis qui lui sert de gouvernail (vous saisissez l’analogie ?). D’où l’impression d’un message quasiment réac’ derrière la farce plaisante. L’otarie en question ne fait qu’une brève apparition dans l’intrigue et repart presque aussitôt, au point qu’on se demande encore pourquoi elle donne son titre à la pièce.
Ce serait moins gênant si cela n’avait pas un air de déjà-vu. La figure du petit employé de bureau insignifiant est un classique des comédies d’un Courteline par exemple au début du 20e siècle. Elle est moins pertinente en 2016. Et quand on apprend que notre anti-héros est incapable de prononcer le mot “longs-courriers” depuis que son unique amour, qu’il n’a jamais vu, est morte dans un accident d’avion, on a cru se trouver dans un mauvais roman de Romain Puértolas, l’auteur de L’extraordinaire histoire du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, amateur de jeu de mots éculés et de grosses ficelles narratives.

Impression en demi-teinte

Si l’on peut saluer la performance que représente toujours un seul un scène, on peut regretter que le jeu de l’unique acteur reste sur le même mode geignard pratiquement tout du long de la pièce. Qui plus est, le texte est très écrit, ce qui crée un décalage entre le registre soutenu qui cadre mal avec la spontanéité qu’est censé avoir un homme aux abois et l’intrigue. La mise en scène, épurée au possible, ne joue que sur les variations de lumière vu que la scène est totalement nue. Caractéristique d’un petit théâtre, certes, mais finalement un peu réchauffé, comme si les metteurs en scène faisaient désormais le choix de l’épure ou de la paresse.

Comme un prof de philo en classe prépa qui dit qu’il juge un résultat et pas un effort, le Rhino s’est trouvé un peu perplexe devant Ma folle otarie. On a bien aimé, on a ri, on a passé un bon moment, mais lors qu’on sort de la salle, on n’est quand même pas convaincu, on reste sur sa faim. A aller voir avec un regard qui n’intellectualise pas, ou sinon cette pièce pourrait vous laisser un goût amer, voire vous agacer.

Avec qui y aller ? Votre ami toujours bon public et qui aime la gauloiserie.


Crédit photos : @Pierre Notte

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