CEUX QUI ERRENT NE SE TROMPENT PAS -

Texte : Kevin KEISS  en collaboration avec Maëlle POESY -
Mise en scène : Maëlle POESY -
Dramaturgie : Kevin KEISS -
Scénographie : Hélène JOURDAN -
Lumière : Jérémie PAPIN -
Son : Samuel FAVART MIKCHA -
Costumes : Camille VALLAT -
Vidéo :  Victor EGEA -

Avec :
Caroline ARROUAS -
Noémie DEVELAY RESSIGUIER -
Marc LAMIGEON -
Roxane PALAZZO -
Cédric SIMON -
Grégoire TACHNAKIAN -

Dans le cadre du 70eme Festival d'Avignon -

Lieu : Théatre Benoît XII -
Ville : Avignon -
Le : 04 07 16 -
Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE
Ceux qui errent ne se trompent pas de Kevin Keiss par Maëlle Poésy

Fantasme de la révolution par le silence

Du 06/07 au 10/07/2016 au Théâtre Benoît XII | Durée : 2h | Pour y aller

Dans Ceux qui errent ne se trompent pas, Maëlle Poésy met en scène pour le IN du Festival d’Avignon un gouvernement bouleversé par un cataclysme politique : un vote blanc massif aux élections. Cette révolution silencieuse s’accompagne de graves perturbations climatiques, et d’actions populaires à la fois puissantes et mystérieuses, qui questionnent la démocratie d’aujourd’hui et la rupture qu’elle pourrait connaître. Le texte est de Kévin Keiss, écrit d’après La Lucidité de José Saramago.

Par le choix de leur sujet, Keiss et Poésy abordent un sujet qui résonne tout particulièrement avec l’actualité des derniers mois : le soulèvement d’un peuple face à son gouvernement. Ici, c’est dans un apparent silence que la population de la capitale se soulève : elle réalise un record de participation aux élections, cependant la très grande majorité des bulletins sont blancs.

À lire aussi : De Folies Salvatrices, Le chant du cygne et L’Ours de Tchekov par Maëlle Poésy

Mise en scène d’un rêve collectif

Aucun signe ne laissait supposer que les choses se dérouleraient de cette manière. Le gouvernement en question crée une cellule d’urgence pour réfléchir à la question, et réagir face à l’envergure du phénomène : complot activiste, erreur, coïncidence spontanée ? La grande question est le « pourquoi » d’un tel geste commun. C’est ce sur quoi la brigade de la vérité enquête, en vain.

CEUX QUI ERRENT NE SE TROMPENT PAS -

Face aux événements, le texte dévoile la mise en place de mécanismes de panique, et d’auto-aveuglement d’un monde politique qui ne parvient plus à communiquer avec son électorat, et se trouve profondément isolé. La prise d’initiative de la part du peuple est interprétée comme un danger, et les mesures qui s’ensuivent ne cessent de faire monter la tension entre ces deux blocs hermétiques entre eux. Paradoxalement, la politique qui se doit d’être conçue pour ses citoyens n’a plus rien à voir avec eux.

Quel équilibre existe-t-il entre l’action et le rêve dans la mise en marche d’un changement politique ? Et comment un peuple peut-il réagir face à son insatisfaction générale, dont la solution ne se trouve pas dans les bulletins de vote ? Finalement, quel pouvoir possède concrètement la population par ce droit républicain ? Des thèmes abordés plus tôt cette saison par Joël Pommerat au théâtre des Amandiers, dans un théâtre monumental et immersif transposant la révolution française de 1789 dans un contexte actuel.

À lire aussi : L’histoire en scène Ca ira (1) – Fin de Louis de et par Joël Pommerat

Politique et poésie

L’imagerie déployée au cours du spectacle est riche, que ce soit sur le plan scénographique, sonore, ou encore sur le travail des lumières tout au long de la pièce. Les procédés scéniques sont ingénieux, faisant glisser progressivement l’atmosphère de la froideur du bureau de vote à une ville humide et tropicale, en passant par des bars et salles de réunion. Le tout se fait de façon fluide, dans un mouvement continu maîtrisé par les comédiens et l’emploi de techniques différentes. La pluie qui s’abat quasiment en continu au long du spectacle permet de véritablement pénétrer l’ambiance d’une capitale aux teintes post-apocalyptique : l’ordre n’existe plus, de la même façon que les politiciens révèlent progressivement et individuellement leurs intentions divergeantes.

CEUX QUI ERRENT NE SE TROMPENT PAS -

A côté de cela le peuple, que l’on peut regretter de ne voir que très peu représenté sur la scène, semble se porter bien – même mieux qu’avant ces événements. La mise en scène permet de ressentir ces ambiances, sans même faire figurer d’autre personnage qu’une reporteur.

Maëlle Poésy dévoile ainsi à son public des univers visuellement et sensoriellement riches, qui ne se dissocient pas pour autant d’une intention politique claire et marquée.
Le travail en découlant est légèrement frontal dans son rapport au public. Il emploie en revanche un vocabulaire capable de toucher ceux d’entre eux pour qui le théâtre politique n’est pas une évidence.

Un assemblage riche de registres, quelquefois disparate

Dans l’absence de paroles, quelques moments de respiration ponctuent la pièce faite de langages variés, et rééquilibrent la temporalité de l’ensemble. Pourtant, là où certaines, lentes et silencieuses, contribuent à poser une ambiance noire qui n’exclue pourtant pas le rire, d’autres peuvent paraître étrangement placées. C’est le cas par exemple de certains passages dansés qui peuvent surprendre par leur courtesse et leur rythme saccadé. Le jeu des comédiens, parfois inégal et parodique, met certains personnages en retrait.

CEUX QUI ERRENT NE SE TROMPENT PAS -

L’énergie dégagée reste cependant forte, et les rebondissements variés. Finalement, l’ensemble parvient à mêler un comique sincère avec une réflexion sociale et actuelle, le tout de façon onirique et sublimée. La transposition à la forme théâtrale de dynamiques sociales actuelles est rafraîchissante, et l’on ressort avec le sentiment d’avoir été directement touché.

La metteure en scène est restée fidèle à son univers, montrant qu’il est possible de poser un regard poétique sur des sujets très concrets.

Avec qui y aller ? Un blasé de la politique, un rêveur, un optimiste. 


Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage

Une réflexion sur “Ceux qui errent ne se trompent pas de Kevin Keiss par Maëlle Poésy

Fantasme de la révolution par le silence

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *