Discours de la servitude volontaire
Discours sur la servitude volontaire d’Étienne de la Boétie par Stéphane Verrue

Indignez-vous (encore)

Du 07 au 30/07/2016 à l’Espace Roseau Teinturiers | Durée : 1h30 | Pour y aller |

Quatre ans que cette mise en scène du texte de la Boétie tourne et tourne encore. Une réflexion écrite d’une actualité prodigieuse… qui, ici, respire intelligemment. Après cette heure et demie de récitation, on voit les arguments s’agiter sous nos yeux comme les pistons d’un moteur bien huilé. La lecture à la lampe de chevet est battue à plate couture.

Le Discours sur la servitude volontaire servi par François Clavier (sur scène) et Stéphane Verrue (à la mise en scène) n’en finit plus de rebondir. Lorsque le binôme décide de mettre en scène le fameux texte de philosophie politique de 1550, tout lumineux qu’il est, le risque était grand de se cantonner à un public restreint et à un succès « d’estime », comme on dit.

La liberté comme une recette de la confiture aux mirabelles de Tata René

Eh bien non. Cinq ans après la création en 2011, en amont de la campagne présidentielle de 2012, Étienne de la Boétie et son porte-parole François Clavier continuent de vagabonder et d’attirer les foules. Samedi 9 juillet, le nouvel Espace Roseau Teinturiers était aux deux tiers rempli, très louable performance dans le maquis de la programmation du Off d’Avignon et ses mille spectacles sur un mois.

Pourquoi un texte sur les raisons de l’asservissement des peuples d’une génération à l’autre attire-t-il autant  ? Le Rhino propose deux interprétations.

— soit le texte résonne de manière profondément pessimiste à nos oreilles de 2016. Après tout, nous sommes asservis, et nous le serons toujours davantage. Raison de plus pour s’y baigner avec masochisme.

— soit le texte demeure l’expression d’une fantastique possibilité d’affranchissement. Un autre fonctionnement politique demeure à portée de main, une recherche et un combat qui se poursuivent de génération en génération, et on vient le consulter comme un vieux grimoire secret ou la recette de la confiture aux mirabelles de Tata René.

Un texte aussi actuel qu’un gros crochet du gauche

Dans les deux cas, quelque chose nous est soufflé à l’oreille qui ne laisse pas de marbre. Ce quelque chose n’est pas à aller chercher bien loin et occupe tout l’espace de la scène : le texte, le texte, le texte ! Il n’y a que ça, puisque François Clavier ne joue qu’avec un tabouret, un sac à dos et plusieurs livres éparpillés sur scène – et c’est déjà énorme.

François Clavier passe d’un argument à l’autre comme si là, devant nous, il tirait le fil de la réflexion qui avait mû la Boétie alors qu’il écrivait 500 ans plus tôt. Quand il en vient aux références évoquées dans le discours, il tripote les livres éparpillés autour de lui jusqu’à trouver la bonne page, et poursuivre les citations comme s’il les découvrait.

Sa grande silhouette emmitouflée dans un manteau de bure bouge à gauche, à droite, à l’arrière et monte dans les gradins. Ses mouvements rythment le déroulé du texte. L’économie de la mise en scène ajoute à ce texte (oui encore !) qui frappe par son actualité. Un coup sur la tête façon crochet du gauche dont on ressort avec des rêves politiques plein les mirettes.

Avec qui y aller ? Un aficionados des shows monumentaux. Pour lui faire une petite blague. 


Crédit photo : Stéphane Verrue

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