Karamazov © Christophe Raynaud de Lage
Karamazov d’après Fiodor Dostoïevski par Jean Bellorini

On voulait entendre Dostoïevski, on a vu Bellorini

Du 11/07 au 22/07/2016 à la Carrière de Boulbon puis en tournée | Durée : 5h30 | Pour y aller

Un des spectacles les plus attendus du festival d’Avignon 2016. Grand texte tragique propice aux larmes, moments de narration directement adressés au public, chants chorals, superbes tableaux faits de lumières et de fausse neige, longues tirades éplorées, séquences musicales à la fois tristes et joyeuses… Pas de doute, c’est du Bellorini.

La première chose que l’on remarque en entrant dans la majestueuse carrière de Boulbon, pour s’installer dans les gradins érigés pour le festival, c’est cette scène immense, presque un bâtiment, en bois noir, posée là dans la carrière.

Comme on le découvrira pendant tout le spectacle cet énorme dispositif scénique permet de déplacer des blocs de décor pour reconstituer des coins d’appartements, d’ouvrir ou de cacher certains espaces, de faire apparaître des éléments.

Puis la pièce commence, ouverte par l’entraînant Camille de la Guillonnière, comédien fidèle de Bellorini, qui nous raconte la trame de l’histoire… Happés par la narration on passe fluidement d’une scène à l’autre au gré des changements de décors et de lumières, parfois en musique. Les personnages s’aiment ou se haïssent, interrogent le ciel, s’étreignent et crient leurs souffrances à un rythme effréné.

Peut-être un peu trop vite pour nous, d’ailleurs, qui peinons à suivre les événements et, surtout, à saisir et assimiler la densité de ce texte magnifique. Le spectacle est intense dès le début ; quelques moments de respiration auraient été bienvenus. Varier d’intensité n’aurait pas nui à maintenir notre attention durant les 5h30 que dure le spectacle, au contraire. Car 5h30 c’est long, et pas seulement à cause de l’inconfort des sièges en plastique : on avoue que par moments, las d’entendre s’époumoner les acteurs et se déchirer les personnages, le Rhino pensait un peu à autre chose en regardant rêveusement la falaise au-dessus de la scène.

Karamazov © Christophe Raynaud de Lage

Davantage du Bellorini que du Dostoïevski

Le spectacle est plein d’élan et esthétiquement superbe, comme toutes les pièces de ce jeune metteur en scène, mais en sortant on se demande ce qu’il a voulu nous dire. On ressort avec un sentiment de déjà-vu, l’impression d’avoir davantage plongé dans l’esthétique de Bellorini que dans l’âme de Dostoïevski. Paradoxalement on n’a pas découvert le texte. Pourtant tout est bien fait, les comédiens sont bons dans l’ensemble, on distingue les mots, il y a force mouvements, cris et images pour maintenir notre attention éveillée, on saisit des thèmes de réflexions retenus par Bellorini, mais cela n’a pas suffit à toucher notre cœur.

Le spectacle aurait sans doute gagné à laisser plus de place au texte. Les Frères Karamazov étant axé sur les tourments intérieurs des personnages nous aurions aimé nous sentir proches de cette terrible famille, mais le jeu très démonstratif des comédiens et l’aspect spectaculaire de la mise en scène bloquent cette empathie. On est désolés pour eux mais on reste à l’extérieur, sans s’interroger, sans être émus. Nous voulions passer un moment avec Dostoïevski et c’est Bellorini qui a mobilisé toute notre attention… C’est un écueil classique, déjà remarqué chez lui : trop de mise en scène, trop de bruit et d’effets visuels – trop de moyens ? – prennent toute la place et finissent par remplacer le propos.

Une mention toutefois pour Geoffroy Rondeau, qui interprète Ivan, dont les différents registres de jeu permettent d’incarner toute la complexité de ce personnage et des questions qui le torturent. Sa tirade dite « du Grand Inquisiteur » est une véritable performance, applaudie d’ailleurs par le public. Là oui, on a entendu le texte, et c’était bouleversant. Mention également pour le jeune François Deblock, plus vrai que nature dans le rôle du bienveillant et pur Aliocha, dont le jeu franc et sincère est une bouffée d’air frais dans cet univers de tragédiens.

Posé là dans la carrière

On regrette enfin que ce lieu magnifique qu’est la carrière de Boulbon n’ait pas davantage été exploité dans le décor : la scène est posée là, comme déjà prête à partir en tournée, et le spectacle s’y déroule sans réelle interaction avec le cadre naturel. C’est dommage, mais au moins dans les longueurs peut-on lever les yeux et regarder les étoiles. C’est là que nous pourrons peut-être nous rapprocher de Dostoïevski.

Avec qui y aller ? Un insomniaque, un fan de Bellorini,  un amateur de théâtre claustrophobe.


Crédits photos : Christophe Raynaud de Lage

4 réflexions sur “Karamazov d’après Fiodor Dostoïevski par Jean Bellorini

On voulait entendre Dostoïevski, on a vu Bellorini

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