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LENZ de Georg Büchner et Johann Friedrich Oberlin par Cornelia Rainer

Le pasteur, le poète et la montagne

Du 08/07 au 13/07/2016 dans la Cour du Lycée Saint-Joseph, Avignon | Durée : 1h40 | Pour y aller

La metteuse en scène autrichienne Cornelia Rainer et sa troupe présentent un épisode de la vie d’un artiste trop méconnu, Jakob Michael Reinhold Lenz. En 1777, l’ancien enfant prodige maintenant âgé de 26 ans séjourne chez le pasteur Johann Friedrich Oberlin, l’un des apôtres du progrès social, au cœur des Vosges. À partir du récit de Büchner et d’extraits des carnets d’Oberlin, on assiste à la détresse de Lenz, incapable de trouver une place dans la société.

L’affrontement du poète et de l’homme de foi peut sembler être un thème classique. De même l’apparente folie des artistes. Pourtant, LENZ ne manquera pas de toucher son public, même les moins connaisseurs de littérature germanique. Le jeu des acteurs est très convaincant, enfants compris. En plus, les interludes musicales de tout genre, la mise en scène sobre et le plateau affabulé d’une montagne russe sont autant de raisons de se laisser prendre au récit.

L’histoire d’un pasteur de la montagne qui accueille un poète inconnu

Lorsque la petite famille des Vosges accueille Lenz, elle n’a aucune idée de l’anxiété qui l’habite. Les premières minutes mettent en scène une famille aux rituels quasi comiques, touchante dans son accueil de l’inconnu. Pendant que les enfants chantent un air à Lenz, c’est presque la famille Oberlin, reculée dans ses montagnes, qui paraît loufoque. Les rituels — prières comprises —, les maladresses, la précipitation à se faire réciter des vers et leur mise proprette leur donne tout de la famille presque aliénante de sérieux. Chaque membre est à sa place, chaque place a un membre.

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Dès la première nuit, Lenz ne se comporte pas de manière tout à fait attendue. Espièglerie, malice et idées étranges : comment expliquer le premier incident survenu en plein milieu de la nuit ? La famille ne se formalise pas, au contraire, elle se mobilise pour montrer son amour au visiteur et le remettre d’aplomb. Les petites excentricités deviennent de plus en plus remarquables, et Lenz oscille entre des instants de grande poésie et des accès d’étrangeté. Souvent, des questions lancinantes reviennent : la foi en premier, ainsi que la nature et la place de l’art. Et dans sa solitude, Lenz se tourne vers le pasteur, anxieux d’en découdre avec ses doutes et, qui sait, de renouveler sa foi.

Une folie croissante, mouvementée et vitale

Nul besoin d’être comme Lenz diplômé de théologie pour suivre ses soubresauts et apercevoir son désarroi. Lenz croit-il en Dieu ? Et si véritablement il ne croit pas, comment fera-t-il pour trouver sa place dans une société pour qui la question ne se pose pas ouvertement ? Est-ce son absence de foi qui explique sa folie grandissante ? Pourquoi son esprit se fixe-t-il sur le signe qu’il attend de Dieu ? Lenz doit tester toutes les limites du divin, tout comme il teste celles de ses hôtes. Tel l’enfant face aux parents, Lenz attend la réponse divine qui lui clarifiera l’esprit. Mais ce n’est que la pointe émergée de l’iceberg.

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Tout le long du spectacle l’intensité de la folie monte, on découvre les avis de ceux qui le connaissent bien. La famille prend peur, Lenz devient une menace pour les autres autant que pour lui même. Le pasteur va devoir lui demander de partir, quitter la maison et trouver ses réponses ailleurs. Banni, Lenz perd la tête. Saluons au passage la prestation de Markus Meyer, qui fait monter Lenz, cran par cran, vers une douloureuse perte de contrôle.

Un travail minutieux pour une scène parfaitement maitrisée

Nul doute que les travaux de recherche et de reconstitution ont été précis et minutieux. Cette attention portée au détail se voit dans les choix de décors et de costumes, minutieux et réaliste, renforçant la sensation d’avoir affaire à une sorte de quasi documentaire. De ce fait, on prend plaisir à se croire momentanément dans la famille du pasteur, même si on prend également plaisir à en ressortir. On se dit qu’on a de la chance de vivre au 21ème siècle, et que Lenz y aurait peut-être trouvé une aide, ne serait-ce que médicale. Qui sait ?

Et c’est justement pour cela que le musicien, Julian Sartorius, qui fait presque littéralement feu de tout bois, permet une respiration. Cette présence, intégrée par le biais de la musique, rajoute un regard extérieur et apaisant. Il se laisse parfois oublier, quoique sa prestation soit grandement appréciée.

Avec qui y aller ? Germanophiles, « théophiles », amoureux de la sobriété méticuleuse lorsqu’on décortique la folie d’autrui.


Crédit photo : Kirchner

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Le pasteur, le poète et la montagne

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