Looking for Alceste
Looking for Alcestede et par Nicolas Bonneau

Antisocial, tu perds ton sang-froid

Du 06 au 24/07/2016 à la Manufacture à Avignon | Durée : 1h45 min (navette comprise) | Pour y aller | En tournée en 2016 et 2017

eugene3Vous allez voir ce que vous allez voir. Nicolas Bonneau, 40 ans, craque son slip et le fait savoir. Il dit merde à chacun de ses pseudo-amis qui ne lui inspirent en définitive que du dégoût, et décide d’assumer ce qu’il sent grandir en lui : sa haine des autres, de tous les autres. Il vivra donc en rupture avec le genre humain… Sauf que ce ne sera pas si simple. On rit, on réfléchit, on s’émeut. Le tout dans une patinoire retapée en salle de théâtre. Possibilité de venir sans moufles.

Nicolas Bonneau a 40 ans. Il a invité tous ses amis dans un restau pour l’occasion. Autour de la table, il n’y a personne: Nicolas Bonneau joue tous ses « amis ». Il y a un journaliste de L’Express, qui a écrit sur le mariage pour tous mais, tout de même, qui ne voudrait pas que son fils soit homo parce que la vie est déjà suffisamment compliquée comme ça, et que, oui, il voudrait avoir des petits-enfants.

Fabrice, aussi, son pote du collège avec lequel il se moquait des petits camarades, tous deux de dark vêtus et installés à côté de la porte des toilettes où il passait leur temps à squatter. Un gauchiste désormais enseignant qui a abonné tous ses amis à Politis et au Monde Diplomatique. Mais qui, quand il a dû payer des droits de succession après le décès de son père, a fait une exception au vote rouge.

Coming out antisocial

Encore à côté autour de la table, un copain agriculteur qui veut se reconvertir dans le bio et vit en rase campagne mais rechignerait à accueillir Nicolas si celui-ci était dans l’extrême dénuement. « Attends, c’est pas rien, un an avec ton ego d’artiste, et tes slips sales ».

Son ex est là, aussi. Christelle, une Montréalaise, qui l’a lourdé et dont « il se fout »…

Et pourtant, ils continuent à se voir tous, non sans peine. Encore à cette soirée, les palabres et la picole tournent en jeux débiles, type « action ou vérité », et le tout finit en eau de boudin. Nicolas Bonneau dit à ses amis proches d’aller en enfer.

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Il vient de prendre la décision d’assumer ce qu’il ressent au fond du ventre : il est misanthrope et supporte de moins en moins les concessions auxquelles la vie en société oblige. Un coming out antisocial dont le spectateur est un observateur amusé. Très intéressé aussi puisque cette misanthropie de l’an 2000 et est celle que chacun ressent plus ou moins fortement à échéances régulières.

Une quête initiatique pleine de drôlerie et d’auto-dérision

Alors, Nicolas nous emmène dans sa quête initiatique. Elle prend place sur scène dans un trapèze fait, sur le côté, de deux parois où ombres chinoises et photographies sépias se mêlent, et, au fond, d’une plateforme qui avance et recule. Dessus, deux musiciennes et chanteuses qui ponctuent la complainte du quarantenaire de textes originaux et d’airs d’inspiration folk.

Empreinte de réalisme, de drôlerie, d’auto-dérision, cette quête initiatique fait mouche. Elle consiste pour Nicolas à consulter ceux qui ont sauté le pas de la réclusion, se mettant à l’écart de la société.

Antoine, un vieillard de 70 ans qui ne sort de chez lui que deux fois par semaine. Une vie qu’il trouve beaucoup plus normale que celle qu’il menait avant, humilié par des patrons débiles, phagocyté par le 9h-18h et le train-train du quotidien. Désormais, il a son caleva, ses BD, ses cartes du monde, et sa porte blindée à quatre points de fermeture, tout va très bien pour lui merci.

Y être et ne pas y être

Et ainsi de suite au fil des entretiens dont on imagine qu’ils ont réellement été conduits en amont de la mise en scène, et en font toute la richesse. Ces entretiens emmènent Nicolas dans une réflexion — habilement ponctuée de citations du Misanthrope de Molière — sur la nature d’une misanthropie qui pour être reconnue comme telle doit être observée et validée par les autres.

Une misanthropie sociale dont Nicolas finit par prendre acte, après s’être foutu à poil et s’être fouetté avec son slip, par un savoureux « MEEEERRRRRRDDDDDEEEEEEEEE ». C’est entendu : misanthrope, nul ne l’est vraiment, et lui non plus. La société, plus il la fuit, plus il en est, s’écrie-t-il. Il faut y être et ne pas y être, pas le choix. La pièce s’achève sur l’anniversaire de ses 41 printemps: il est entouré par les mêmes « amis ».

Avec qui y aller ? Personne, allez-y tout seul.


Crédit illustration : Cie La Voltige

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