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We Love Arabs de et par Hillel Kogan

La danse de la paix et du houmous

Du 06 au 24/07/2016 à 10h40 à la Manufacture (Patinoire) | Durée : 1h25 | Pour y aller

Sujet sensible : en Israël, un chorégraphe juif décide que son spectacle sur le thème de l’altérité manque d’un danseur arabe. Adi Boutrous fait une entrée aussi inexpliquée que providentielle. Dès lors, le chorégraphe s’empêtre dans son thème et dans les clichés. Au final, un spectacle bourré d’autodérision, de danse et de houmous.

Aller à la patinoire en plein été, drôle d’idée. (Drôle d’accueil, aussi, qu’on nous a fait, mais passons, Avignon est une période stressante pour tous les professionnels, apparemment spécialement pour ceux de la Manufacture.) Mais pas moins drôle, finalement, que le spectacle qu’on a vu. Hillel Kogan joue une caricature de chorégraphe et Adi Boutrous un danseur arabe venu participer à son spectacle. L’arrivée d’Adi est aussi inexpliquée que providentielle. De là s’ensuivent toute une série de péripéties, pendant lesquelles Hillel tente de faire comprendre à Adi ce qu’il attend de lui dans son spectacle en évitant de paraître raciste.

Le texte est savoureux : le chorégraphe juif monopolise la parole jusqu’à l’overdose. Le personnage d’Adi occupe ce qu’il reste de temps et d’espace, avec des répliques au mieux trisyllabiques, et une danse beaucoup plus ramassée. Ils donnent à voir deux façons de s’exprimer diamétralement opposées. On y voit une métaphore filée du conflit entre leur pays respectif, qui donne à penser. We Love Arabs est écrit et porté par un Juif israélien. Les sujets sont abordés frontalement : le mur, l’identité, la religion ou encore l’origine de la recette du houmous… Des mots comme “résolution” ou “responsabilité” sont répétés plusieurs fois, et Adi et Hillel se portent à tour de rôle.

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“— Mais on risque de ne pas nous reconnaître… Attends. (Il lui tend un stylo) Dessine-moi une étoile de David sur la poitrine. (Il s’exécute) Ah, tu la dessines comme ça, toi… En commençant par celle du bas… Ok. Bon maintenant donne-moi le stylo. (Il cherche où dessiner, mais Adi est habillé tout en noir. Il désigne son front.) Je peux ? (Adi acquiesce. Hallil dessine un croissant sur son front.) Voi-là.
— Tu as dessiné quoi ?
— Un… Un… Enfin tu sais, là, un… Comme vous avez, là… Un… Comme sur les mosquées, un croissant !
— Je suis chrétien.
— …
— …
— Bon, on verra plus tard ce qu’on fait de cette information.”

Le personnage d’Hillel s’empêtre dans son racisme ordinaire en même temps qu’il essaye de le combattre, déclenchant l’hilarité du public. Derrière le rire et la caricature, une tension sexuelle émerge au sein du duo masculin ; c’est elle qui fait tomber ce qu’il reste de politiquement correct dans le spectacle.

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Danse & houmous à Tel Aviv

Le spectacle va crescendo et passe par un épisode autour d’un plat de houmous, dont on ne révèlera rien. Sachez seulement qu’on a ri à gorge déployée. Il s’achève sur un finale de danse où on finit de rire pour admirer le duo à l’œuvre. C’est tout simplement beau. On sort avec une patate d’enfer, en se demandant si le houmous était bon. Et, ô miracle du théâtre : un saladier plein avec du pain pita nous attend sur une table. C’était délicieux. Rien à ajouter.

Avec qui y aller ? Juif, Arabe, chrétien, musulman, Israëlien, le choix ne manque pas.


Crédit photo : Gadi Dagon, 2015

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