Théâtre de l'Atelier
L’Atelier de Montmartre

Faire flotter un vieux voilier

Pour pallier une certaine méconnaissance de la densité des salles de théâtre qui existe à Paris, les Théâtres parisiens associés ouvrent rideaux et coulisses. Parfait ! Au moment même où le Rhinocéros voulait se lancer à l’abordage des arrière-salles, et y consacrer une nouvelle rubrique. Fin juin, le régisseur général du Théâtre de l’Atelier, Vincent Butori et son directeur, Didier Long, nous ont reçus. Reportage en photos et en anecdotes.

Le théâtre, situé sur une petite placette en remontant du boulevard Rochechouart vers le Sacré Cœur, détonne par la place de choix que l’urbanisme lui a laissé : un bâtiment de plain-pied calfeutré par les arbres. Si pareille disposition lui donne un air d’immuable permanence façon Comédie-Française ou Palais Garnier, la quinzaine de permanents et de salariés intermittents qui y officient sont plutôt sur la tille.

Le régisseur à l’accueil du théâtre en fin saison 2015-2016 notamment marquée par « Ancien Malade des hôpitaux de Paris » de Daniel Pennac interprété par Olivier Saladin.
Vue sur la place Charles Dullin depuis le bar du théâtre au premier étage par un mois de juin ensoleillé.
Vue sur la place Charles Dullin depuis le bar du théâtre au premier étage par un mois de juin ensoleillé désespérément pluvieux.

« Un vieux bateau équipé comme un trimaran »

Le mécanisme pour baisser et lever le grand rideau de fer qui ferme la scène. @BP
Le mécanisme pour baisser et lever le grand rideau de fer qui ferme la scène.
L’Atelier est « un vieux bateau équipé comme un trimaran, capable d’accueillir tous les événements que nous faisons aujourd’hui », selon les mots de son régisseur général.
L’Atelier est « un vieux bateau équipé comme un trimaran, capable d’accueillir tous les événements que nous faisons aujourd’hui », selon les mots de son régisseur général.

Du cinématographe au mécénat : l’art de s’adapter en permanence

Déjà à l’arrivée du cinématographe, début XXe, la salle est donnée pour morte — comme nombre des ses consœurs qui se transformaient pour accueillir le grand écran. Encore aujourd’hui, pour se maintenir, elle dépend de plus en plus de mécènes ou d’industriels, comme le raconte Vincent Butori le jour de notre visite.

Ce qui est d’ailleurs une tendance de fond : le Théâtre de l’œuvre est ainsi passé sous le giron de Vivendi (déjà propriétaire de l’Olympia) en 2015. Le très discret (et très influent) milliardaire Marc Ladreit de Lacharrière est également actif en la matière (les zénith aux quatre coins de l’Hexagone, et à Paris la salle Pleyel, Le Comedia, le Marigny, le Théâtre de la Porte Saint-Martin…).

« Les lieux parisiens travaillent à saturation. Il faut que ce soit ouvert tout le temps, et rempli tout le temps, c’est un principe de survie et une condition sine qua non pour un lieu maintenant », dit Vincent Butori. Le théâtre et ses différentes salles cherchent donc à accueillir des défilés de mode, des concerts, et se diversifient autant que possible.

La salle et sa jauge de 600 personnes qu'il faut aussi souvent que possible remplir à fond. Ce qui n'est guère le cas. @BP
La salle et sa jauge de 600 personnes qu’il faut aussi souvent que possible remplir à fond. Anecdote : 365 ampoules éclairent la salle dont il faut assurer le bon état de marche chaque jour. Une seule était HS le jour de notre visite.
« Il faut trouver un Juste équilibre entre la passion, le désir, qui sont à revendiquer totalement puisque ce n’est pas un commerce, et des vicissitudes d’entreprise. Nous essayons de trouver un juste milieu », dit Didier Long, le directeur du lieu depuis 2015.
« Il faut trouver un juste équilibre entre la passion, le désir, qui sont à revendiquer totalement puisque ce n’est pas un commerce, et des vicissitudes d’entreprise. Nous essayons de trouver un juste milieu », dit Didier Long, le directeur du lieu depuis 2015.

La fois où la blague des régisseurs a arrêté la pièce

Le théâtre compte parmi ses faits d’armes d’avoir accueilli deux pièces de Bernard-Henri Lévy, alias « BHL », alias « mon ego ne tient plus dans les chemises blanches c’est d’ailleurs pour ça que j’exhibe tout le temps mon torse glabre ». Dans le Jugement Dernier, le texte de BHL joué ici en 1992, le jour de la dernière représentation une bande-son est remplacée par une vidéo.

Au lieu du simple son, qui faisait entendre une interview du dit BHL avec PPDA (TF1, le 20h, vous y êtes ?), les régisseurs, petits blagueurs, substituent une vidéo de BHL et PPDA par (feus) les Guignols. Un petit service qui avait été demandé à des amis chez (feu) Canal+ et qui a fait arrêté net la pièce.

Pris d’un fou rire, Gisèle Casadesus, Arielle Dombasle, Jacques François et Pierre Vaneck n’arriveront plus à revenir sur scène.

Vue de la scène depuis les coulisses.
Vue de la scène depuis les coulisses.

Se renouveler encore et toujours

Pour renouveler le public, le théâtre s'essaie à des tarifs cassés pour les proches habitants et réfléchit à des abonnements qui existent peu ou pas dans le secteur privé.
Pour renouveler le public, le théâtre s’essaie à des tarifs cassés pour les proches habitants et réfléchit à des abonnements qui existent peu ou pas dans le secteur privé.

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