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A Floresta que anda d’après Macbeth de Shakespeare par Christiane Jatahy

Plongeon en eaux froides

Du 04/10 au 22/10/2016 au Centquatre | Durée : 55mn | Pour y aller

eugene indifferentAprès Julia et What if they went to Moscow?, Christiane Jatahy présente A Floresta que anda. Le dernier volet de la trilogie est une adaptation très libre du Macbeth de Shakespeare. La metteure en scène questionne les limites du théâtre, de la fiction et du réel, tout en cherchant avec insistance à toucher nos points sensibles.

En ressortant de la grande salle du Centquatre après avoir vu le dernier spectacle de Christiane Jatahy, on n’était pas tout à fait sûr de ce à quoi on avait assisté. Un spectacle vivant, certainement. Une performance, sans aucun doute. On pourrait aussi parler d’installation. Mais de théâtre ? Difficile à dire.

Imposante installation

Jatahy est une artiste iconoclaste : pas de scène, pas de rangée de fauteuils. À la place, quatre immenses écrans, quelques poufs, et au fond, un bar qui prend toute la largeur de la salle. On déambule, on regarde les écrans. Ils diffusent des vidéos d’entretiens, réalisées au Brésil, dans lesquels des victimes – directes ou collatérales – de la corruption généralisée témoignent. De nombreux spectateurs sont allés se servir au bar. On zigzague entre eux, dans une ambiance de vernissage, en se demandant ce qui va se passer.

La suite de la performance arrive comme dans un roman fantastique. Certains spectateurs ont des comportements étranges. On entend des bruits inhabituels. Le réel s’altère, d’abord subtilement, comme un glitch, puis de façon insistante. Le dispositif scénographique et technique se révèle : original, imposant, il va être mis tout entier au service de l’intensité de la performance.

Rêve ou anesthésie générale ?

Dans le texte de Shakespeare, les sorcières prophétisent que Macbeth perdra son pouvoir quand la forêt de Birnam se mettra à marcher. Et, effectivement, à un moment dans la pièce, on lui annonce que la forêt de Birnam est en train de marcher – il s’agit en fait de l’armée de MacDuff, son rival, planquée sous des branches.

Jatahy cherche tellement à nous faire marcher qu’elle finit par nous anesthésier. Les mécanismes de mises en scène sont incroyables, la performance de Julia Bernat juste et intègre. Les faits, les histoires, les évènements sont accablants. Le motif de Macbeth, sordide. Et pourtant : l’ensemble reste froid, et nous, à distance.

Le spectacle dont vous êtes le héros

A Floresta que anda reste une expérience extraordinaire, dans laquelle le public est à la fois cobaye, décor et acteur. C’est immersif, inventif, à voir absolument pour quiconque réfléchit aux limites du spectacle vivant, à la frontière entre comédiens et spectateurs, entre fiction et réalité, ou tout simplement à la scénographie.

Avec qui y aller ? Un professionnel du spectacle vivant, un militant des Droits de l’Homme, un amateur de sensations fortes.


Crédit photo : Marcelo Lipioni

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