L'Interlope (cabaret) de Serge Bagdassarian - Mise en scene Serge Bagdassarian - Studio-Theatre -  Comedie-Francaise - septembre 2016 - avec :  
Veronique Vella, 
Michel Favory, 
Serge Bagdassarian, 
Benjamin Lavherne, 
Benoit Urbain (pianiste) 
© Brigitte Enguerand
L’interlope (Cabaret) de Serge Bagdassarian

D’un genre à l’autre, en chanson

Du 17/09 au 30/10/2016 à la Comédie Française | Durée : 1h15 | Pour y aller

Ce soir vous serez accueillis au cabaret. Pas une scène sans son chant, pas un plancher sans son boa en plume. Certes, vous n’aurez pas la chance de boire un petit cocktail, mais vous aurez le privilège de découvrir l’envers du décor du spectacle, ce qui compense largement. Critique de la situation des homosexuels et transformistes mal considérés de l’entre-deux-guerres, et questionnement légitime sur la place du genre, le fond et la forme de la pièce peuvent paraître diverger, l’un grave, l’autre amusante. Mais que les moins avertis se rassurent : ce cabaret invite à réfléchir par le rire, en passant une fort gaie soirée.

La pièce passe en un éclair. Elle s’ouvre sur un homme, seul, qui chante un poème équivoque. Ce sera le dernier homme biologique en tenue d’homme à prendre la scène. Ensuite défileront les femmes, certaines nées hommes et d’autres vivant en homme. Dit comme ça, cela peut paraître difficile à suivre et pourtant, non, tout coule d’un personnage à l’autre, d’un témoignage au suivant.

Ne pas trop en dire pour préserver les surprises

Le transformisme de l’entre-deux-guerres n’est pas un thème qui appelle la subtilité. A entendre les chansons produites dans ces cabarets, on comprend que les drag queens, transgenres et gays de l’époque vivaient dans la clandestinité, cibles facile d’un mépris ambiant. Chaque témoignage, sincère et drôle, dévoile comment chaque protagoniste arrive dans ce milieu.  En toute simplicité.

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Sans révéler chaque destinée, sachez que vous ressortirez de la salle avec des questionnements plus larges que ceux des années vingt et trente : Qu’est-ce qui explique que l’on peut préférer vivre, chanter ou se montrer avec les attributs d’un autre genre ? La sexualité suit-elle forcément le genre, c’est à dire est-ce qu’un travestie préfère séduire un homme ou une femme ? Peut-on utiliser les atours féminins comme un simple moyen de subsistance, tout en vivant une vie d’homme ? Et puis finalement, à quoi servent ces codes dans le cas de ces personnages ?

Et le dispositif scénique dans tout ça ?

Beau, simple et réaliste, comme à l’habitude de la Comédie-Française. L’avantage du Studio, une salle relativement intimiste, étant que tout le public pourra admirer les paillettes, les robes et surtout les plumes. Pendant la première partie du spectacle, les rituels de la préparation à l’entrée en scène nous montrent des corps humains et friables, puis lorsqu’on passe à la seconde partie du spectacle, le véritable cabaret, ces corps deviennent parfaits, sublimes, rieurs. Le style de jeu change, pour devenir plus inclusif du public, apostrophé et pris à partie. Les musiciens, déjà présents sur scène, s’affirment.

Pour aller plus loin

screen-shot-2016-10-07-at-18-44-55Paradoxe difficile à explicité aujourd’hui encore : même lorsqu’il s’agit d’ultra-féminité, le récit des femmes biologiques en proie à des questionnements du genre reste difficile à raconter. Ici, le personnage d’Axel (joué par Véronique Vella) permet cette exploration, et réintègre une femme biologique dans l’histoire officielle de l’homosexualité et du transformisme. D’une autre manière, le personnage de Pierre – joué par Benjamin Lavernhe – modernise les propos, et évite de tomber dans le stéréotype du travestissement par idéalisation du corps féminin. Bien joué !

Avec qui y aller ? Tous genres, toutes sexualités, tous types de zizi SAUF les phobiques colériques.


Crédit photo : Brigitte Enguérand

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