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Une Maison de poupée d’après Henrik Ibsen par Lorraine de Sagazan

Nos vies minuscules

Du 04/10 au 09/10/2016 à Mains d’Œuvres | Durée : 1h40 | Pour y aller

La pièce Une Maison de poupée, écrite au 19e siècle par le Norvégien Henrik Ibsen, raconte l’histoire d’un couple dont la pérennité est menacée par la prise de conscience des rapports de domination qui existent entre ses deux protagonistes, Nora et Torvald. La mise en scène de Lorraine de Sagazan procède à de nombreux arrangements, notamment l’échange quasi-total des rôles entre les personnages principaux. Le résultat ressemble à la vraie vie, et pourtant c’est la scène. Ou peut-être est-ce l’inverse ?

“L’idéal de la femme blanche, séduisante mais pas pute, bien mariée mais pas effacée, travaillant mais sans trop réussir, pour ne pas écraser son homme, mince mais pas névrosée par la nourriture, restant indéfiniment jeune sans se faire défigurer par les chirurgiens esthétique, maman épanouie mais pas accaparée par les couches et les devoirs d’école, bonne maîtresse de maison mais pas bonniche traditionnelle, cultivée mais moins qu’un homme, cette femme blanche heureuse qu’on nous brandit tout le temps sous le nez, celle à laquelle on devrait faire l’effort de ressembler, à part qu’elle a l’air de beaucoup s’emmerder pour pas grand-chose, de toutes façons je ne l’ai jamais croisée, nulle part. Je crois bien qu’elle n’existe pas.”

C’est sur les mots de Virginie Despentes, extraits de King Kong Théorie et prononcés par le personnage de Nora que s’ouvre l’adaptation de Une Maison de poupée par Lorraine de Sagazan. Ecrit en 1879, le texte d’Ibsen était déjà profondément féministe, et avait choqué la bourgeoisie de l’époque : il racontait la prise de conscience de Nora, épouse bien sous tous rapports de Torvald, des rapports de domination entre eux, ainsi que l’émancipation de cette dernière.

Lorraine de Sagazan a souhaité pousser la réflexion plus loin, en remaniant le texte d’Ibsen : comme elle l’indique elle-même, le procédé central de cet adaptation est l’inversion quasi-totale des rôles du couple ; Nora devient donc une juriste ambitieuse et respectée, tandis que Torvald se mue en homme au foyer comblé. Dans une mise en scène où la distance entre le public et les comédiens est réduite au minimum, on est propulsé dans la vie de ce couple moderne.

Ce soir, c’est la fête chez Nora et Torvald. Les courses ont été faites, les enfants sont chez les grands-parents, et le couple se sert un apéritif en compagnie de leur ami Rank en attendant leurs invités. Mais lorsque la sonnette retentit, c’est Kristine, une amie d’enfance oubliée, qui fait irruption la première. Krogstad, un collègue de Nora gauche et inquiétant, lui succède. Au rythme des entrées et sorties des personnages, l’atmosphère d’embarras qui règne s’appesantit peu à peu.

La distribution des rôles au sein de la compagnie, ainsi que le jeu des comédiens, sont impeccables. Ce dernier sert un texte qui joue avec les limites : reproches et insultes sont joués avec tant de naturel qu’ils génèrent de la dissonance cognitive. En position d’observateur, on perçoit bien avant Nora l’oppression et le sexisme qui sous-tendent les rapports dans son couple. Le réalisme du jeu et de la mise en scène agissent comme un miroir : on est sans arrêt renvoyé à soi, à sa propre expérience. On attend – on espère ! – la prise de conscience.

Ça fait réfléchir : les discussions animées des spectateurs à la sortie sont le meilleur signe que la Maison de poupée de Lorraine de Sagazan est réussie. En 2016, il est toujours pertinent de parler des normes au sein du couple, et de manière générale de ce qui sous-tend les relations entre hommes et femmes.

Avec qui y aller ? Une femme active, un homme au foyer, et vice-versa.


Crédit photo : Lorraine de Sagazan

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