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Chimène ou le Cid de Antonio Sacchini par Sandrine Anglade

Lumineuse victime

Durée : 1h45 sans entracte

14 mars à 20h30, Massy-Opéra | Pour y aller

25 et 27 mars à 20h30, Herblay, Théâtre Roger Barat | Pour y aller

eugene plutot contentDans cet opéra tragique écrit quelques années à peine avant la Révolution, le récit se centre sur le personnage féminin, Chimène, pris au piège d’impossibles choix. Servie par une actrice lumineuse et douée, cette nouvelle création se déploie grâce à une mise en scène moderne et efficace.

Une fois n’est pas coutume, surtout depuis qu’une nouvelle équipe a repris le flambeau, le Rhino, l’ongulé s’est penché sur un genre qu’il n’a pas forcément l’habitude de traiter : l’opéra. “Chimène ou le Cid” reprend ici le classique bien connu de tous les petits collégiens français. Mais il laisse délibérément de côté Rodrigue, devenu un personnage secondaire, pour se concentrer sur le personnage féminin : Chimène, dont le père a été tué par son amant Rodrigue pour venger l’humiliation infligée à son propre père. Chimène qui doit donc choisir entre l’amour et l’honneur de sa famille.

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Dans la lignée des grandes héroïnes tragiques, de Phèdre à Andromaque, Chimène apparaît ici comme prise au piège, prisonnière de règles archaïques et destructrices qui l’empêchent de vivre heureuse. Tout de blanc vêtue, comme une victime prête au sacrifice, elle apparaît dans les premières minutes de la pièce fuyant d’un bout à l’autre de la scène, comme pour mieux matérialiser sa situation désastreuse, le dilemme auquel elle est confrontée. L’impossible choix de Chimène est symbolisé par sa fuite éperdue du début. Son rôle est servi par une actrice flamboyante, qui “joue” véritablement tout en chantant tandis que les autres comédiens ont plutôt tendance à déclamer malheureusement.

Victime sacrificielle

Ecrit et composé en 1783, à peine six ans avant la Révolution française, Chimène ou le Cid est imprégné de cette esthétique : dans sa robe blanche de victime sacrificielle, entourée d’hommes en armes qui la somment de faire des choix, l’héroïne n’est pas sans rappeler Marie-Antoinette face à ses juges. Dans la mise en scène, le peuple en armes contre l’invasion étrangère est figuré vêtu de rouge et noir, couleurs de l’anarchisme. Son arrivée flamboyante sur scène renvoie à l’imagerie des soulèvements populaires du 19e siècle, façon la Liberté guidant le peuple.
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Ici, la scène est nue, ce qui nous épargne les mises en scène en costumes souvent prisées pour ce type de pièce. Petite particularité : doté d’un chef d’orchestre giratoire, tantôt face au public, tantôt lui tournant le dos, l’orchestre est réparti des deux côtés de la scène, au milieu des comédiens. Le sang – dont la présence irrigue toute la pièce – est figuré de façon poétique par des pétales de roses, comme pour atténuer la violence du sujet –il s’agit après tout d’une sombre histoire de vengeance entre clans rivaux.

Au milieu de la scène trône une armure, fantôme du père de Chimène tué avant le début de la pièce. Cette même armure sera plus tard enfilée par Rodrigue, comme pour symboliser à la fois l’issue guerrière de la pièce, la réconciliation et une sorte de continuité : Rodrigue qui revêt les habits du père et devient vraiment “légitime” pour pouvoir épouser Chimène.

Avec qui y aller ? Votre ami du collège qui détestait devoir lire à voix haute les dialogues des pièces de théâtre en quatrième.

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