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Kant de Jon Fosse par Émilie Anna Maillet

Philosophie jeune public pour adultes avertis

Jusqu’au 26/02/2017 au Théâtre Paris Villette | Durée : 1h00 | Pour y aller

eugene indifferentKant est un spectacle philosophique pour enfants à partir de huit ans. Le héros, un homme-enfant en combinaison rouge, essaie de dormir, mais voila, il n’y arrive pas. Le décor virtuel se construit et se déconstruit grâce à des images vidéos. La scénographie se résume à un lit une place. Malgré sa petitesse, cette chambre est encombrée des multiples visions imaginaires d’un enfant qui ne comprend pas. Qu’est ce que l’univers ? Qu’est ce que Kant ?

Pour faire entendre le texte de Jon Fosse, Émilie Anna Maillet a imaginé un dispositif immersif sous la forme d’un triptyque, mêlant procédé holographique de magie nouvelle et vidéo 3 D.

Qui est ce géant de la nuit qui vient, au moment du coucher, s’installer goulûment dans l’espace de sa chambre ? Il y a tout un univers manifeste sur ce tableau noir où sont dessinées à la craie des étoiles, des planètes et des fusées, imaginées par Christopher. Le lit est amovible et les idées de mise en scène pléthoriques et originales. Le plateau se meut de droite à gauche, en tournant. Le lit est rendu très mobile aussi, il est horizontal, vertical, de dos, de face… Il y a de la musique et beaucoup d’effets spéciaux. On est transporté dans plusieurs dimensions. Les personnages du magazine Mickey prennent vie et viennent combattre dans la chambre, c’est un jeu vidéo qui devient réalité.

Mais le jeune garçon ne comprends toujours pas tant de choses. Huit ans, c’est l’âge des questionnements, de la la remise en question de ce que disent les parents. Ici le père est omniprésent, même si, comme dans Godot, on ne le voit pas apparaître sur le plateau. On sent à quel point il est un référent important pour la construction de la personnalité de l’enfant. On parle peu de la mère, qui est de garde dans un hôpital auprès de personnes en phase terminale ; ils ont le cancer.

Une obscurité très présente pendant le spectacle.

Un peu comme des images arrêtées. On voit des étoiles, des constellations projetées sur le plateau qui nous transportent au milieu de l’univers et dans l’espace. On oublie presque le plateau de jeu pour se croire à la projection d’un film plein de stress et d’angoisse. Cela est appuyé par le choix des instrumentaux qui accompagnent le spectacle, qui est loin d’être drôle. Les enfants d’ailleurs ne rient pas : ils sont calmes, attentifs. Peut être ont-ils peur ? On ne sait pas trop. L’atmosphère est plutôt tendue, et Christopher tremble souvent, est stressé et renvoie du mal être. Il a peur de comprendre, de savoir, de dormir, des réactions de son papa, qu’il connaît déjà par cœur.

« Si l’univers a une fin, il y a peut être un géant qui vit derrière… et si on existait que dans le rêve du géant ? » Extrait de Kant de Jon Fosse.

Kant est évoqué à plusieurs reprises, comme quelque chose de compliqué et d’incompréhensible. « Kant ça veut dire mort en norvégien ! ». Voila la définition que l’on donnera de Kant pendant le spectacle. Peut-être les enfants en ressortiront-ils en se disant que Kant est inaccessible, qu’il concerne les adultes ou est synonyme de précipice.

À la fin du spectacle, les applaudissements sont plutôt timides. On se bouscule pour sortir de la salle. Est-ce le signe d’un spectacle qui n’a pas plu ?

« Il y a beaucoup de choses que l’on ne comprend pas, donc ça ne sert a rien d’y penser.» Jon Fosse.

Avec qui y aller ? Un cosmonaute, un ordinateur avec des ailes et une bande de questions sans réponses.


Crédit photo : Emilie Anna Maillet

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