2016-2017 Theatre de l' Odéon
 " Soudain l'été dernier" 
de Tennessee Williams
 mise en scène: Stéphane Braunschweig

avec Jean-Baptiste Anoumon, Océane Cairaty, Virginie Colemyn, Boutaïna El Fekkak, Glenn Marausse, Luce Mouchel, Marie Rémond
Soudain l’été dernier de Tennessee Williams par Stéphane Braunschweig

Effroyable jardin

Du 10/03 au 14/04/2017 au Théâtre de l’Odéon | Durée : 1h35 | Pour y aller

eugene indifferentDans une famille de la haute bourgeoisie américaine, un drame s’est joué l’été dernier quand le fils chéri, Sebastien, est mort brutalement laissant ses proches, sa mère et sa cousine, face à leurs non-dits. Avec ce grand classique des années 1950, le théâtre de l’Odéon joue sur une mise en scène excessivement soignée et classique qui retranscrit à merveille l’ambiance moite des drames de Tennessee Williams.

Dans le jardin qui fut celui de son fils, Violet Venable discute avec un psychiatre dont le nom “Cukorwicz” signifie “Sucre”. D’abord badine, la conversation dérive vite sur l’absent, le fils, Sebastien, et son mystérieux décès l’été dernier. On devine entre les lignes qu’un terrible drame a eu lieu et que les circonstances à peine croyables de la mort de Sébastien sont encore dans toutes les mémoires.

Sa cousine et meilleure amie, Catherine, doit d’ailleurs bientôt arriver, tirée de l’hôpital psychiatrique où elle vit depuis la mort de Sébastien, pour donner sa version des faits. S’enclenche alors une terrible mécanique, auxquels sont conviés d’autres personnages, la tante, le cousin de Sebastien, tous témoins de la confrontation entre Violet et Catherine au terme de laquelle une terrible vérité doit immanquablement éclater.

Si cette création a bénéficié d’une couverture médiatique importante, le Rhino est ressorti mitigé de cette représentation. On s’explique.

Enfermement

Certes, la virtuosité de la mise en scène retransmet à merveille le côté Vieux Sud américain des années 1930 où se situe la pièce. Elle renforce par ailleurs le côté poisseux et anxiogène de l’histoire et de son dénouement tragique. Les éclairages et lumière pop, inspiration années 60, sont probablement à la mode : on a vu les mêmes dans Le jeu de l’amour et du hasard, mis en scène par Salomé Villiers.

Présente dans la pièce à la base, le thème du jardin, comme métaphore de la vie de Sébastien est exploité à fond, et apparaît tout au long de la pièce. Au lever de rideau, le spectateur n’aperçoit qu’une forêt épaisse, à la fois entretenue et sauvage, comme s’il se trouvait littéralement dans la tête, dans la vie du disparu. Ce jardin évolue avec l’histoire : à mesure que l’action avance, arbres morts et vieilles lianes disparaissent quand Catherine remonte le passé pour raconter son histoire.

Les murs capitonnés blancs qui enserrent soudain la scène sonnent comme un rappel de l’hôpital psychiatrique où Catherine risque de retourner. Mais aussi de l’enfermement où se trouvent peu ou prou tous les personnages : Violet, prisonnière des mensonges et de ses contradictions ou encore la mère de Catherine et son frère, obligés de s’humilier devant Violet dont ils ne sont que les parents pauvres.

Mise en scène de bon élève

Au tomber de rideau, une porte s’ouvre dans le mur aux capitons blancs, offrant une échappatoire à Catherine. Elle a dit sa vérité, elle s’en trouve alors comme libérée. Le procédé freudien de “libération par la parole” qui sert d’argument à la pièce, encore nouveau à l’époque de son écriture, s’en trouve renforcé.

Pourtant, en dépit de toutes ces trouvailles scéniques, on ressort avec l’impression d’avoir assisté à une présentation très lisse et très propre, comme un devoir de classe rendu par un bon élève appliqué. Soudain l’été dernier est déjà loin d’être à la base le meilleur texte de son auteur. Il souffre de la comparaison face à Un tramway nommé désir ou Une chatte sur un toit brûlant. Cette nouvelle mise en scène vient renforcer l’idée qu’on ne peut pas monter Tennessee Williams sans en faire une parodie de film hollywoodien des années 1960.

Par ailleurs, le jeu des acteurs est parfois hésitant, en tout cas au début, peut-être parce qu’ils peinent à s’emparer de la langue très écrite et parfois ampoulée de Tennessee Williams. On reconnaîtra quand même aux deux comédiennes principales la capacité de s’être appropriés les figures de l’ingénue victime et de la bourgeoise arrogante, stéréotypes des femmes de l’époque.

Avec qui y aller ? Un fan des vieux films des années 1950, un amoureux du Vieux Sud américain ou votre ami gay qui pourra voir le chemin parcouru en un demi-siècle sur la représentation de l’homosexualité.


Crédit : Elizabeth Carecchio

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