deadtown_les-freres-forman_theatre-senart©eric-miranda_5
Deadtown de Petr Forman

Western Spaghetti sauce tchèque

En tournée jusqu’en avril 2018* | Durée : 1h30

eugene indifferentLes frères Forman ont fait leurs classes dans la marionnette, et le cirque, et les premières minutes de cette création en portent la trace. Il n’y a qu’à voir les 15 premières minutes du spectacle qui se jouait jusqu’à 18 mars dans le chapiteau dressé à côte de la scène nationale de Sénart. La suite est davantage un hommage protéiforme au Western Spaghetti. Qui peut emballer par instants, lasser et perdre à d’autres.

Du cirque avec des barbus, des trampolines et des fixy

Après 10 minutes de spectacle, on a déjà vu défiler un barbu qui fait des cabrioles à peine croyables sur un fixy et un trampoline, un ballet en patins à roulettes en simili-cuir noir, un clown-cowboy sur un cheval-vélo, un numéro de cancan au deuxième étage de la scène, des pas de country en veux-tu en voilà…  N’en jetez plus, allez-y, c’est chatoyant, amusant, lumineux !!

Mais non, ce serait être un peu court que de vouloir résumer la dernière création des fils jumeaux du réalisateur de Vol au-dessus d’un nid de coucou par son début. Il n’est à vrai dire pas pleinement représentatif de l’heure et demi qui suit.

La suite colle en effet beaucoup plus à l’ambition de Deadtown : un hommage burlesque, folklorique, visuel et musical aux incontournables du Western Spaghetti.

Hommage au Western Spaghetti

L’environnement déjà : une petite ville de quelques dizaines de maisonnettes en bois à l’avant-garde de la conquête de l’ouest, miteuses et silencieuses. Sa banque, sa grand-rue, et son saloon où tout le spectacle se déroule.

L’histoire ensuite : deux cowboys cradingues qui se déchirent pour les beaux yeux de la marie-couche-toi-là du bordel local… et à la fin tout le monde est flingué avant d’avoir pu décocher la moindre bafouille.

L’histoire n’a donc qu’une importance très marginale. Ce qui accroche l’attention est davantage la foule de gadgets et d’éléments de décors un peu carton pâte qui incarnent la vision sombre, venue de l’Est de l’Europe sans doute, d’un Arizona fantasmé.

Et quand un écran triple à l’arrière accompagne les mouvements vers et dans le saloon, on est sans l’ombre d’un doute dans un western rêvé, très immersif, sur lequel pleut une tempête de sable. C’est peut-être d’ailleurs la meilleure manière de parler de Deadtown, en le décrivant comme un rêve qui fait revivre le cowboy qu’on croit connaître dans un style qu’on ignore.

deadtown_les-freres-forman_theatre-senart©eric-miranda_4

Un spectacle encore en rodage

Un coup il y a du Emir Kusturica dans le théâtre tout en bois avec ses trois étages de scène, et son gradin que les frères ont fait construire spécifiquement pour ce spectacle et qui tournera pendant deux ans aux quatre coins de l’Europe.

Puis, plus tard, ce sont des tranches de film muet —où on croit voir Buster Keaton — qui occupent tout l’espace. Enfin, plus loin encore, un cowboy qui continue de tuer alors qu’il ne tire plus… façon David Lynch. On ressort avec la sensation d’avoir voyagé. Quoiqu’en se demandant où exactement.

Paraît-il que le Deadtown de Sénart était encore en rodage. Une version plus courte et plus claire sera présentée ensuite. Ce qui sera bienvenu.

Avec qui y aller ? Trois euros pour la bière qui est offerte sur le plateau à la fin.


Crédit photo : Eric Miranda

*Parmi les prochaines dates : du 2 au 14 mai au Manège de Mons-Maubeuge, au festival des 7 collines de Saint-Étienne du 3 au 7 juillet, du 26 septembre au 22 octobre 2017 au Parc de La Villette.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *