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Bacantes – Prelúdio para uma Purga de et par Marlene Monteira Freitas

De la beauté dans la folie et l’excès

Du 05 au 08/05/2017 aux Halles de Schaerbeek (Bruxelles) | Durée : 2h30 | Pour y aller
Tournée : du 29 au 30/06 au Festival Montpellier Danse 2017

Chorégraphe montante de la jeune scène européenne, Marlene Monteira Freitas nous livre à l’occasion du Kunstenfestivaldesarts un travail éclatant et délirant inspiré des « Bacchantes » d’Euripide. Un spectacle à ne pas manquer, d’une jeune artiste qui a su développer son propre vocabulaire, aussi exaltant que précis.

Dans le texte original d’Euripide, le terme « Bacchantes » désigne les adoratrices de Dionysos. De retour à Thèbes, sa patrie, celui-ci cherche à faire valoir sa divinité et à se venger de son cousin Penthée. Au grand désarroi de ce dernier, une multitude de femmes suivront Dionysos dans sa quête, s’abandonnant à un mode de vie orgiaque. Freitas utilise ce mythe afin de mettre en scène deux heures trente de délire, à la lisière du mystique et de l’hypnose.

L’orgie dionysiaque

Dès l’entrée en salle du public, les danseurs sont sur scène. Éparpillés dans l’espace, ils semblent chacun être plongés dans leur propre transe, effectuant des gestes frénétiques et répétitifs sur place. Lorsque les lumières s’éteignent c’est alors un déploiement d’énergie qui se révèle sur scène. Sur des percussions et sons de trompette carnavalesques, ceux que l’on distingue comme étant les danseurs entament des danses rituelles à la limite de l’absurde.

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Chaque « séquence » semble durer assez longtemps pour mettre le public dans un état de fascination – même si certains semblent dépassés par le caractère extrême du spectacle. La folie des gestes des danseurs incarne totalement l’abandon dans une forme de plaisir dionysiaque, et donne une lecture puissante du texte d’Euripide. Cela nous évoquerait presque le « Salomé » de Carmelo Bene, où luxure, absurdité et frénésie s’épanouissent dans un temps que l’on ne parvient plus à délimiter.

Des danseurs plus qu’investis

Les danseurs de Freitas et elle-même communiquent une énergie hors du commun durant toute la durée du spectacle. L’effort physique colossal qu’ils déploient va de pair avec une précision du geste, permettant de suivre une forme de narration au fil des scènes. Ils ne sont pas seulement danseurs mais aussi comédiens – chose qui est renforcée par la manière qu’ils ont d’interagir avec le public et de réagir à sa présence. Les personnages sont aussi complémentaires entre eux, et chacun est mis en avant dans sa propre spécificité à un moment ou à un autre, d’une manière ou d’une autre. Lorsqu’ils ne sont pas au centre de la scène, la tension de leur jeu reste tout de même très forte, révélant la rigueur de la direction d’acteurs de Freitas. 

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Par son vocabulaire à la fois extrême, absurde et pourtant mesuré, la metteuse en scène appuie à un autre endroit : celui de l’esthétisation obligatoire du geste. En effet, elle pousse ses danseurs si loin qu’ils réalisent une performance que l’on n’aurait même pas cru possible au démarrage, et dont la tension ne diminue à aucun moment. Les efforts extrêmes que font les danseurs sont accompagnés de grimaces très marquées qui ne correspondent certainement pas à l’idée conventionnel du beau.

Mais la beauté de ses danseurs est autre, entre étrangeté et liberté – ce qui révèle l’extrême modernité du vocabulaire corporel de la chorégraphe, qui a su prendre ses distances avec les attentes habituelles en terme de plastique. Ses comédiens sont sublimes dans leur folie et leurs individualités, et non d’une manière conventionnelle ou empruntée. Un véritable rafraîchissement.

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Un espace de lumière

L’univers visuel du spectacle enrichit d’autant plus cette bacchanale dansée : la scénographie noire, blanche et or se déployant en lignes horizontales évoque une scène de music-hall, mais aussi la richesse et un abandon dans la joie et dans l’excès. Les costumes, qui nous permettent de distinguer danseurs (en blanc, avec des bonnets dorés) et musiciens (en noir et bleu), permet de les faire interagir en deux clans. Ils semblent incarner la lutte entre l’apollinien et le dionysiaque, entre raison et déraison. L’utilisation très ingénieuse des accessoires renforce le décalage de ce spectacle et révèle l’imagination débordante de Freitas ; on pense notamment aux pupitres, qui connaissent au cours du spectacle mille utilisations, toutes plus originales les unes que les autres.

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Si le spectacle peut sembler un peu long à certains, il parvient sans paroles à exprimer l’essence même de la bacchanale, entre excès, abandon et transe. Par ses partis-pris, il questionne notre rapport à l’ordre et au désordre, mais aussi au beau et au correct. A suivre absolument.

Avec qui y aller ? Tous les bon-vivants et les fêlés, mais aussi les timides et les sages, les libérés et les rangés…


Crédit photo : Filipe Ferreira.

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