Tetsuya Umeda kfda17©Titanne Bregentzer RHoK24
Composite de et par Tetsuya Umeda

Immersion participative

Les 05, 06, 07, 10/05 au BRASS (Bruxelles) | Durée : 1h | Pour y aller

Eugène tres contentPas de scène, presque aucun mot, pas de narration explicite : comment décrire cette performance multidisciplinaire sans fausser l’expérience à vivre pour un lecteur qui n’aurait pas encore assisté à la pièce ? Comment communiquer l’envie d’assister à un spectacle aussi atypique, sans justifier artificiellement les choix de Tetsuya Umeda ? Peut-être simplement en donnant un aperçu des disciplines artistiques en présence et l’ambiance dégagée, en encourageant vivement les curieux d’assister aux dernières représentations.

Lorsqu’on entre dans la salle supérieur du Brass, trois ou quatre performeurs s’affairent : certains chantent rythmiquement en tournant dans la salle, un autre met en place des objets et des installations, tandis que les spectateurs cherchent une place, debout, autour d’eux. Petit à petit, au fil des minutes, les installations se complexifient et le nombre de performeurs augmente, jusqu’à ce qu’ils envahissent l’espace, émergeant de la foule des spectateurs, comme si les acteurs et les spectateurs pouvaient d’un instant à l’autre échanger leurs rôles.

La rencontre des arts

L’art de Tetsuya Umeda est centré sur le son et l’espace ; il n’est pas rare pour lui de travailler dans des lieux qui n’accueillent habituellement pas d’expositions ou de spectacles. Ici, dans une salle partiellement occupée par des machineries industrielles, il parvient à faire vivre un nouvel espace éphémère. Des lampes perchées dans les machines, ainsi que des ustensiles en lien avec la cuisine et l’eau, mais encore une boule géante réfléchissante, viennent occuper et transformer l’espace. S’ajoute ensuite une ambiance sonore : des enregistrements, les sons de l’électricité et des appareils, les grésillements des lampes et aussi les voix humaines, parfaitement rythmées, avec les pas des performeurs.

L’univers crée est en mutation permanente.  Les performeurs évoluent à tout moment dans la scénographie, par leurs mouvements et leurs actions, où l’on sent également une belle part d’improvisation. D’une représentation à l’autre, le dispositif s’altère, comme pour rappeler l’unicité de l’instant présent et de l’expérience que l’on peut y vivre. Par ailleurs, chaque spectateur est libre de choisir son point de vue. Les spectateurs déambulent, changent de perspective, interagissent d’une certaine manière avec le dispositif, soulignant la subjectivité de l’expérience artistique par leur choix actif ou passif de positionnement dans l’espace. Ainsi la géographie et la temporalité du plateau sont des paramètres essentiels de la performance.

Tetsuya Umeda kfda17©Titanne Bregentzer RHoK-12

L’humanité omniprésente

Pourtant, dans ce décors en évolution constante, ce sont les humains qui marquent, dans leur diversité d’âges et d’origines. Les yeux ouverts ou fermés, le regard dans le vide, chantonnant des comptines et levant la main en rythme, leur présence est un miroir tendu au spectateur. Parfois ceux qu’on prenait pour des spectateurs se révèlent faire partie des performeurs. Alors une petite voix demande, en arrière plan : et pourquoi pas toi ? Justement, pourquoi pas les spectateurs ? Comme dit précédemment, leur simple présence dans ce lieux font d’eux des acteurs à part entière du dispositif, donc la boucle est bouclée. Et pourtant, les plus joueurs peuvent se sentir tentés de participer aux jeux et aux rondes, en toute bonne foi.

Tout s’arrête comme cela a commencé. Une progressive dé-escalade sonore et visuelle, un éparpillement. Impossible de dire vraiment si un spectacle a eu lieu ou si nous nous sommes simplement réunis pour vivre un moment ensemble. Dans une cour de récréation pour tous les âges, entre deux instants de nos vies mouvementées, entre inconnus prêts à partager ces minutes. Une sorte de poésie collective célébrant le moment présent, sans pompe, en toute simplicité.

Avec qui y aller ? Un.e malicieux.se, vos copains de primaire, un.e performeur dans l’âme.


Crédit photo : © Titanne Bregentzer 

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