Lili Reynaud SmallTragicOperaKFDA2017 ©Beniamin Boar-13
Small Tragic Opera of Images and Bodies in the Museum de et par Lili Reynaud-Dewar

Opéra-synthé pastel

Du 05 au 07/05/2017 au BRASS (Bruxelles) | Durée : 45mn | Pour y aller

eugene indifferentOpéra contemporain aux sonorités pop, synthé et indie, « A Small Tragic Opera of Images and Bodies in the Museum » effleure la question de l’oppression des noirs aux Etats-Unis, et de la difficulté de l’aborder par l’utilisation des images photographiques. Le médium artistique employé dans la mise en scène constitue en lui-même un troisième axe à ce travail, qui reste assez indépendant du propos final.

Comment utiliser le vocabulaire de la pop et de la mode pour dialoguer sur des thématiques sociales ? Lili Reynaud-Dewar présente ici un travail au style très actuel, entre concert, défilé de mode et installation in-situ. Le défi relevé est audacieux, même s’il semble manquer d’énergie et de souplesse sur certains aspects, et peiner à lier propos et forme.

Des corps violentées aux images

Un musée choisit de présenter l’exposition d’un artiste dont le travail photographique utilise des images d’archives de violences policières. Cela entraîne des dissensions au cœur de l’équipe : commissaire, employés, communautés, critique et artistes se confrontent et débattent de ce que l’on peut ou ne peut pas montrer et s’approprier des conflits sociaux dans l’art contemporain. A quel moment un artiste peut-il utiliser les images du corps violenté d’autrui dans le cadre de son travail artistique ? Et comment poser la question de l’appartenance de ces photographies à un tiers individu, même si son intention est de sensibiliser son public à une réalité ?

Lili Reynaud Dewar2

S’inscrivant dans la veine de l’exposition « The Absent Museum » présentée au BRASS et au Wiels, cette performance remet ainsi en question l’appropriation de thématiques sociales comme les violences faites aux minorités, et la possibilité ou non d’exposer le corps d’autrui et sa destruction. Il s’agit d’un sujet brûlant, à une époque où les minorités peinent à faire entendre leurs voix, mais où il peut être également difficile de la faire porter par une personne appartenant à une majorité ou à une élite intellectuelle extérieure. De plus, à une époque où les données numériques circulent parfois sans que l’on distingue la limite entre la réalité et les images, Reynaud-Dewar touche à des questions essentielles. La volonté de la mise en scène semble être de renouer le lien entre l’actualité et un vocabulaire artistique arty. Aucune violence n’est montrée, c’est par un vocabulaire doux et en apparence léger que les failles de notre société et les questions qui la déchirent sont évoquées. 

Lili Reynaud SmallTragicOperaKFDA2017 ©Beniamin Boar-16

Un opéra indie esthétique mais figé

Nicolas Murer compose à cette occasion une musique électro-pop qui est retransmise par des hauts-parleurs. L’univers graphique de Lili Reynaud-Dewar est quant à lui fait de teintes édulcorées. Installé dans l’ancienne salle de réfrigération du BRASS, il fait écho au murs et sols carrelés de couleur pêche. Certaines astuces esthétiques, comme l’impression des paroles sur les tee-shirts, soulèvent l’intérêt du public et donnent une plus grande visibilité au texte rédigé par Reynaud-Dewar. A première vue, le contraste entre la volonté d’un certain activisme et un rendu très « vitrine » semble immense, et l’on se demande si la porosité entre ces deux mondes pourra être faite durant les quarante-cinq minutes que dure le spectacle.

Lili Reynaud SmallTragicOperaKFDA2017 ©Beniamin Boar-6

Malheureusement au fil de la performance, on ressent comme un gouffre entre le propos et le moyen utilisé. Le choix de la langue anglaise, que l’on comprend parfois difficilement de par la diction des chanteurs, et un vocabulaire général assez « haute-couture » nous éloignent du propos. Cela est renforcé par la mise en place assez statique des éléments de scénographie (mannequins, impressions stylisées des paroles…) et des comédiens, qui semble s’opposer au choix de parler de l’actualité et de traiter des incontrôlables et multiples questionnements d’une société en mouvement. L’enchaînement des chansons sans transition et un certain manque d’assurance ou de maîtrise technique d’une partie des performeurs rend difficile l’emportement du public (qui est, par ailleurs, assez mal installé). Quel public est visé par la pièce ? Et quelle est sa capacité d’action réelle ? On retient cependant une plasticité et un graphisme audacieux, qui gagneraient peut-être à se lier de façon plus approfondie avec le propos pertinent de l’auteure et metteuse en scène.

Avec qui y aller ? Un.e étudiant.e en mode, un.e graphiste, un.e fan de musique indie, un hipster ou ce qu’il en reste.


Crédit photo : Beniamin Boar.

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