INTERVIEW -

Conception et mise en scène : Nicolas TRUONG -
Collaboration artistique : Nicolas BOUCHAUD et Judith HENRY -
Dramaturgie : Thomas PONDEVIE -
Scénographie et costumes : Elise CAPDENAT -
Lumière : Philippe BERTHOME -

Avec :
Nicolas BOUCHAUD -
Judith HENRY -

Dans le cadre du 70eme festival d Avignon -

Lieu : Chartreuse Tinel -
Ville : Avignon -
Le : 19 07 16 -
Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE
Interview de Nicolas Truong

Éviter la question neuneue

Jusqu’au 17 juin au Théâtre Monfort puis au Théâtre de Vidy à Lausanne les 21 et 22 juin | Durée : 1h30 | Pour y aller

eugene3Comment fait-on une bonne interview ? Quelle est cette parole en ping-pong et que se charge-t-elle de dire ? Interview, le titre de la pièce qui se joue ces jours-ci au Monfort puis poursuivra sa tournée en Suisse et aux États-Unis, pose de nombreuses questions sur le rôle de cet exercice journalistique couru et propose plein de réponses sur les manières de faire vivre le genre et de le renouveler. Exercice truculent qui a beaucoup intéressé le critique en herbe du Rhino, qui aurait bien eu une petite question ou deux.

On a tous à l’esprit le souvenir d’une interview minable. Par exemple l’intervieweur qui demande à son interlocuteur/trice son sentiment sur une situation donnée parce qu’il, elle, l’intervieweur, ne s’est pas donné la peine de beaucoup se renseigner sur le sujet dont il parle.

Les portemanteaux qui servent de présentateurs

Ou les portemanteaux qui servent de présentateurs sur un plateau de télévision et qui n’attaquent jamais dans le lard la langue de bois baveuse sertie de contre-vérités sans laquelle un responsable politique sort rarement.

Ou Raphaël Mezrahi en train de parodier le cliché d’un interrogateur foireux dont on n’entend pas les questions, faute d’articuler, et dont on ne comprend pas le sens, faute qu’elles en aient un.

Pari audacieux donc que de mettre sur scène le sujet de l’interview. C’est celui que Nicolas Truong, journaliste lui-même, a fait dans la pièce du même nom que le Rhino est allé voir au Monfort et qui tourne cette saison. Franchement, nous y sommes allés avec le secret espoir de voir des galeries d’horreurs – coucou les exercices politiques complaisants et les critiques littéraires suffisantes – explosées à la volée.

Ce n’est pas ce que donnent à voir les deux comédiens, Judith Henry, qu’on avait vu cette année dans Je suis Fassbinder au Théâtre de la Colline, et Nicolas Bouchaud, qu’on avait vu dans Dom Juan à l’Odéon. Bien au contraire : la pièce est alimentée par plusieurs entretiens préparatoires, des interviews, dont chaque comédien tour à tour restitue la parole.

Dîner entre amis, machine à café, village rwandais, sortons l’interview du plateau télé

Le sociologue Edgar Morin qui raconte comment dans la Chronique d’un été tourné avec Jean Rouch en 1960 un bon dîner entre amis était le décor choisi pour ouvrir à la confidence les personnes interrogées sur l’air du temps.

Florence Aubenas, l’ancienne reporter de Libération et désormais du Monde, pour qui un texte vivant sera celui qui ferait rire ses potes à la machine à café. Jean Hatzfeld, en rupture de ban avec les poncifs médiatiques, qui décide de s’installer au Rwanda après le génocide pour y saisir ce que les revenants, les anciens tueurs, ont à dire. Et installer un travail d’interrogation sur plusieurs années…

Et le duo Claudine Nougaret – Raymond Depardon dans leur série de documentaire sur les paysans cévenols, La Vie Moderne (2008), et plus récemment Les habitants (2016), long-métrage qui faisait d’une caravane le lieu spontané d’interviews bruts entre des passants débauchés dans les villages aux coins des rues. La méthode Nougaret – Depardon est de faire souvent silence pendant de longues minutes pour peut-être voir surgir un instant précieux, ou prier les cameramen de cesser de bouger en tout sens alors que l’immobilisme pourrait être la clé du plus beau mouvement.

Nos deux comédiens triturent encore le sujet. Ils jouent avec le public qu’ils mettent directement à contribution. Ils lui débitent par exemple une série d’interrogations aussi curieuses que « l’idée de ne pas être née vous dérange-t-elle ? » et « entre mourir et persévérer dans la peau d’un animal, que choisissez-vous ? ». Illustrant par là ce que l’interview peut avoir d’absurde et les mille applications auxquelles elle prête le flanc.

À la manière d’une scène sur laquelle deux chaises vides attendent un dialogue qui n’a plus qu’à s’incarner. C’est cette scène que l’Interview nous laisse.

Avec qui y aller ? Un journaliste de BFMTV et un stagiaire bandeau mal orthographié.


Crédit photo : Christophe Renaud de Lage

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