ANTIGONE - FESTIVAL D AVIGNON - 71e EDITION -

Texte : SOPHOCLE -
Traduction : Shigetake YAGINUMA -
Mise en scène : Satoshi MIYAGI -
Musique : Hiroko TANAKAWA -
Scénographie : Junpei KIZ -
Lumière : Koji OSAKO -
Costumes : Kayo TAKAHASHI -
Coiffure et maquillage : Kyoko KAJITA -
Assistanat à la mise en scène : Masaki NAKANO -

Avec : 
Asuka FUSE - 
Ayako TERAUCHI -
Daisuke WAKANA -
Fuyuko MORIYAMA - 
Haruka MIYAGISHIMA - 
Kazunori ABE -
Keita MISHIMA - 
Kenji NAGAI -
Kouichi OHTAKA -
Maki HONDA -
Mariko SUZUKI -
MICARI -
Miyuki YAMAMOTO -
Moemi ISHII -
Momoyo TATENO -
Morimasa TAKEISHI -
Naomi AKAMATSU -
Ryo YOSHIMI -
Soichiro YOSHIUE -
Takahiko WATANABE -
Tsuyoshi KIJIMA -
Yoji IZUMI -
Yoneji OUCHI -
Yu SAKURAUCHI -
Yudai MAKIYAMA -
Yukio KATO -
Yuumi SAKAKIBARA -
Yuya DAIDOMUMON -
Yuzu SATO -



Dans le cadre du 71ème Festival d'Avignon -

Lieu : Cour d'Honneur du Palais des Papes -
Ville : Avignon -
Le 04 07 2017 -
Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE
Antigone de Sophocle par Satoshi Miyagi

Temps de grâce

Du 06 au 12/07/2017 à la Cour d’honneur du palais des papes | Durée : 2h | Pour y aller

Eugène tres contentUn destin plus grand que nature, un mythe qui remonte aux sources de la démocratie européenne, Antigone est bien plus qu’un fragment de mythologie grecque. Elle symbolise la lutte entre le pouvoir temporel et la conviction, l’obéissance et la résistance, elle met en lumière les nuances du bien et du mal. Elle parle de sujets qui ne cessent d’interpeller un public en quête de clefs, même 2 500 ans après l’écriture de Sophocle.

À première vue, l’idée de voir une tragédie grecque antique mise en scène et interprétée par une troupe japonaise pourrait décourager un public moins averti. D’autant plus lorsqu’on a un souvenir flou des détails précis de l’intrigue et une préférence pour les spectacles légers.

Heureusement, la pièce commence par l’intervention d’un chœur, qui rappelle, en français dans le texte et avec humour, la trame de l’histoire à venir. Ce n’est qu’ensuite que la tragédie s’empare de la scène.  Nous avons été soufflés. Un spectacle à voir absolument.

Scénographie : une grâce sans frontières

La première chose qui frappe le spectateur, dès son arrivée dans la cour d’honneur du palais des papes, est l’immensité du lac d’eau qui recouvre la scène. Les pieds dans l’eau, un chœur de personnages, identiques, vêtus intégralement de blanc, circule doucement. Le jeu des reflets dans l’eau, l’aspect fantomatique du chœur et les sons continus aigus rappellent la mort imminente et omniprésente.

C’est comme si la pièce se jouait sur l’Achéron, le fleuve qui mène au royaume des morts dans la mythologie grecque. La scène est conçue pour capter le regard des spectateurs les plus hauts placés dans les gradins.

Un deuxième procédé s’intègre parfaitement à la cour d’honneur, à savoir la projection des ombres des comédiens. « A cause de la pente, plus de la moitié des spectateurs a devant les yeux le mur gigantesque du palais », explique Miyagi, qui s’est inspiré du wayang indonésien (théâtre de marionnettes) pour créer un dispositif d’ombres.

Ainsi, les spectateurs voient d’abord les ombres sur le mur, qui jouent à leur manière les scènes, puis les acteurs, plus bas, dont les visages inexpressifs laissent à leurs postures magnifiées le soin de donner du sens. L’acteur est comme doté de plusieurs corps, le plus naturel – sa présence en chaire et en os – étant paradoxalement mis au second plan par rapport à son second corps, à savoir l’ombre gigantesque.

ANTIGONE - FESTIVAL D AVIGNON - 71e EDITION - Texte : SOPHOCLE - Traduction : Shigetake YAGINUMA - Mise en scène : Satoshi MIYAGI - Musique : Hiroko TANAKAWA - Scénographie : Junpei KIZ - Lumière : Koji OSAKO - Costumes : Kayo TAKAHASHI - Coiffure et maquillage : Kyoko KAJITA - Assistanat à la mise en scène : Masaki NAKANO - Avec : Asuka FUSE - Ayako TERAUCHI - Daisuke WAKANA - Fuyuko MORIYAMA - Haruka MIYAGISHIMA - Kazunori ABE - Keita MISHIMA - Kenji NAGAI - Kouichi OHTAKA - Maki HONDA - Mariko SUZUKI - MICARI - Miyuki YAMAMOTO - Moemi ISHII - Momoyo TATENO - Morimasa TAKEISHI - Naomi AKAMATSU - Ryo YOSHIMI - Soichiro YOSHIUE - Takahiko WATANABE - Tsuyoshi KIJIMA - Yoji IZUMI - Yoneji OUCHI - Yu SAKURAUCHI - Yudai MAKIYAMA - Yukio KATO - Yuumi SAKAKIBARA - Yuya DAIDOMUMON - Yuzu SATO - Dans le cadre du 71ème Festival d'Avignon - Lieu : Cour d'Honneur du Palais des Papes - Ville : Avignon - Le 04 07 2017 - Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

Les acteurs dont nous parlons sont la version muette de chacun de leurs personnages. Pour être plus claire, chaque personnage est interprété par deux acteurs : l’un représente le corps du personnage et porte une perruque identifiable, l’autre énonce son texte, assis à quelques mètres de là.

Ainsi, l’acteur « corps » se trouve sur les rochers, les pieds hors de l’eau, dans le dispositif de lumières évoqué plus haut, tandis que l’acteur « voix », assis dans l’eau, demeure dans le chœur. Miyagi utilise ce dispositif depuis les années 1990, avec la conviction que pour mieux lire les langages du corps, il faut éloigner le visage de l’acteur, qui capte à lui seul trop l’attention, et dissocier la voix du jeu.

« Quand un acteur joue avec les expressions de son visage, ironiquement, les spectateurs ont du mal à percevoir son corps, car avant de viser l’intérieur de son corps, le regard du spectateur est absorbé par le changement superficiel » – Miyagi, 2017

Ces procédés réunis, ainsi que la musique, créent une temporalité différente, voire ralenti, quasi opéra. Ce rythme est peut-être à l’origine des coupes effectuées, justifiées dans l’ensemble, dont la plus marquante est la disparition du personnage d’Eurydice.

Antique mais actuel, grec mais universel

Miyagi retrouve dans ce texte, pourtant culturellement marqué, une double universalité : d’une part il exhume des traces de pensée compatibles avec les religions asiatiques et d’autre part il entre en résonance avec le monde actuel. Ainsi, il intègre des éléments bouddhistes à sa mise en scène, et nous permet en tant que spectateurs européens porteurs de la philosophie de ce qu’il appelle « les religions du désert » (le monothéisme), de redécouvrir le texte dans toute son universalité. On retrouve une communion inattendue autour de symboliques mélangées : le croisement de la madone avec l’esthétique traditionnelle japonaise bouleverse sans enfermer dans des schémas classiques.

ANTIGONE - FESTIVAL D AVIGNON - 71e EDITION - Texte : SOPHOCLE - Traduction : Shigetake YAGINUMA - Mise en scène : Satoshi MIYAGI - Musique : Hiroko TANAKAWA - Scénographie : Junpei KIZ - Lumière : Koji OSAKO - Costumes : Kayo TAKAHASHI - Coiffure et maquillage : Kyoko KAJITA - Assistanat à la mise en scène : Masaki NAKANO - Avec : Asuka FUSE - Ayako TERAUCHI - Daisuke WAKANA - Fuyuko MORIYAMA - Haruka MIYAGISHIMA - Kazunori ABE - Keita MISHIMA - Kenji NAGAI - Kouichi OHTAKA - Maki HONDA - Mariko SUZUKI - MICARI - Miyuki YAMAMOTO - Moemi ISHII - Momoyo TATENO - Morimasa TAKEISHI - Naomi AKAMATSU - Ryo YOSHIMI - Soichiro YOSHIUE - Takahiko WATANABE - Tsuyoshi KIJIMA - Yoji IZUMI - Yoneji OUCHI - Yu SAKURAUCHI - Yudai MAKIYAMA - Yukio KATO - Yuumi SAKAKIBARA - Yuya DAIDOMUMON - Yuzu SATO - Dans le cadre du 71ème Festival d'Avignon - Lieu : Cour d'Honneur du Palais des Papes - Ville : Avignon - Le 03 07 2017 - Photo : Christophe RAYNAUD DE LAGE

Pourquoi revenir aux fondamentaux de la tragédie ? Aujourd’hui, à Avignon, avec une troupe qui a traversé le globe à la rencontre d’un public parfaitement étranger ? Parce que face aux divisions et aux tensions qui montent progressivement, même dans les pays démocratiques, il est urgent de redonner une place au dialogue. Si Créon perd tout – famille, pouvoir, vie – ce n’est pas parce qu’il avait tort d’avoir un avis contraire à celui d’Antigone, ou qu’Antigone est préférée des dieux, mais bel et bien parce qu’il n’a su opposer à la contradiction que la violence et la mort.

Cette Antigone sert d’avertissement : lorsque la violence devient la seule voix, alors elle est condamnée d’avance. Il n’y a pas d’amis et d’ennemis, comme deux camps voués à la destruction mutuelle. Il y a la cité, la justice, et le dialogue. Voici le message que l’on emporte, d’où que nous soyons.

Avec qui y aller ? The whole wide world.


Crédit photo : Christophe Raynaud De Lage

2 réflexions sur “Antigone de Sophocle par Satoshi Miyagi

Temps de grâce

  1. Merci pour ce bel article qui donne à voir ! Sait on si le spectacle va tourner et notamment venir à Paris ?

  2. Bonjour. À notre connaissance pas de dates encore prévues en région parisienne la saison prochaine. Peut-être la saison suivante !

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