Capture d'écran 2017-07-15 12.58.24
Boys Don’t Cry de Jean-Gabriel Vidal Vandroy par Maya Ernest

L’homme blessé

Du 07 au 30/07/2017 au Théâtre des Barriques | Durée : 1h20 | Pour y aller

eugene3Trois hommes, trois histoires, trois destins de virilité qui se frayent un chemin dans la dureté d’être un homme dans le monde moderne, entre séduction, pouvoir et résilience. A voir, ne serait-ce que pour l’originalité du propos, mais aussi tant pour le jeu des acteurs que la mise en scène dépouillée mais dingue par moments.

Trois hommes d’âges et de milieux différents sont confrontés à des degrés divers à la dureté du monde, dont ils savent parfois tirer profit, parfois pas, sans pour autant éviter d’y laisser des plumes. L’un est un jeune trader au dents longues qui vend son corps à des femmes de la haute bourgeoisie, pas pour le sexe, ni pour l’argent, seulement pour y tirer avantage, et pour développer son pouvoir. Un autre est entretenu par une femme plus âgée, avec qui il mène une relation compliquée, entre rancœur et dépendance. Un troisième enfin, encore au lycée, est secrètement amoureux de la meilleure amie de sa mère, bien plus vieille que lui et par qui il semble fasciné. Ils sont rejoints par un quatrième personnage, sorte d’incarnation de l’extrême solitude masculine moderne, Jésus ensanglanté qui passe ses journées enfermé chez lui à regarder du porno et n’a d’autre contact humain que ces figures qu’il aperçoit parfois dans le lointain depuis sa fenêtre.

Tous sont soumis à la seule injonction véritable qui vaille pour les hommes : encaisse, ne pleure pas, supporte. La pièce pose d’ailleurs clairement la question en dressant indirectement un parallèle avec les magazines féminins qui parlent de “petit moment à deux” et incitent leurs lectrices à se faire liposucer ; les femmes sont soumis à toutes sortes d’injonctions souvent contradictoires – sois une bonne mère, une amante, une wonderwoman – mais les hommes ? Ces derniers ne sont soumis qu’à une seule injonction : encaisse, souffre en silence, prouve par ce biais que tu es vraiment “un homme”. Une injonction à ce point fondamentale et ancienne qu’elle semble trouver son origine dans la religion catholique et à la terrible “promesse” faite par Dieu à Adam dans la Genèse : “A la sueur de ton front, tu mangeras ton pain jusqu’à ce que tu retournes à la terre”.

D’où les nombreuses références à la Bible qui émaillent la pièce et la figure tutélaire de ce fameux personnage qui semble prêt à basculer dans la folie, épuisé par la pornographie et son obsession du sexe. Le texte est cru, les personnages complexes, les sentiments tout à la fois extrêmement violents et extrêmement fragiles. Ne perdez pas de vue ces acteurs qui sont sans doute appelés à exploser dans les années à venir. Il y a cependant dans la prétention de cette pièce à représenter la masculinité en 2017, quelque chose d’un peu vain : la masculinité n’est certainement pas réductible au sexe et à la prostitution. A croire que le sujet reste définitivement un terrain vague de la réflexion et de la recherche. Malgré cette lacune, cet angle mort, la pièce laissera à tous une impression puissante en sortant : on emporte avec soi ces histoires de virilités brisées, en tension, à la fois victimes et destructrices.

Avec qui y aller ? Un homme qui assume sa part de féminité, une femme qui ne croit pas qu’un homme qui pleure soit faible.


Crédit photo : Capture d’écran

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *