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Dans la solitude des champs de coton de Bernard-Marie Koltès par Alain Timar

Entre chien et loup

Du 06 au 29/07/2017au Théâtre des Halles | Durée : 1h30 | Pour y aller

eugene indifferentUn troublant jeu de séduction et de manipulation entre deux archétypes – bourgeois/client/victime contre dealer/marginal/pervers – dans un endroit désertique. Ici, la langue sublime de ce texte des années 1980 sur la violence de classe et la violence du désir se trouve ravivée par une mise en scène sobre puis totalement barrée.

Dans un lieu vaguement abandonné, quelque part entre le squat et le parc public, sous une lumière crépusculaire, deux hommes se croisent, se parlent, se provoquent : un Dealeur et son Client, vraisemblablement. Le premier prétend avoir avec lui quelque chose que le second désire plus que tout – on ne saura jamais de quoi il s’agit, de drogue probablement, mais là n’est pas la question. C’est tout un jeu de domination et de manipulation qui va s’engager entre les deux hommes, le Client reprenant progressivement l’ascendant sur le Dealeur. Dans un premier temps, le Client apparaît comme un de ces petits ronds-de-cuir de la Défense, timoré, accroché à son attaché-case, conscient qu’il commet une transgression en se rendant dans un tel lieu. Avec ses vêtements de saltimbanque, le Dealeur, lui, semble incarner une figure du diable tentateur, un Méphistophélès des bas-fonds. Petit à petit, le Client va retourner la situation à son avantage, jusqu’à sembler s’affranchir de son désir lui-même dans un moment de colère épique. Rythmée par la batterie, leur confrontation prend des allures – littéralement – de combat de boxe.

La rencontre de ces deux hommes dans un endroit désert – un grand entrepôt abandonné recouvert de feuilles mortes dans la mise en scène d’Alain Timar au Théâtre des Halles – n’est pas sans évoquer la violence du désir sexuel puissamment refoulé. Mais aussi  le jeu de séduction tout en sous-entendus caractéristique des lieux de drague gay des années sida. Écrite dans les années 1980, cette célèbre pièce de Bernard-Marie Koltès évoquait pour son auteur la marchandisation de tous les rapports humains. La mise en scène souligne la violence de classe contenue dans une simple rencontre hasardeuse : les deux protagonistes, Client et Dealeur, finiront tous deux par se recouvrir tour à tour le visage de ciment, dans un même mouvement destiné à se rendre identiques, à abolir la distance qui sépare d’habitude le bourgeois et le marginal. Comme pour suggérer qu’entre le dealeur et le bourgeois qui travaille dans un commerce « homologué » comme il dit, la différence est finalement minime.

Avec qui y aller ? Un.e étudiant.e en sociologie ou un lecteur des Nuits fauves de Cyril Collard.


Crédit photo : Capture d’écran

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