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Dans les ruines d’Athènes de et par Julie Bertin et Jade Herbulot / Le Birgit Ensemble

Loft Story et tzatziki

Du 09 au 19/11/2017 au Théâtre des Quartiers d’Ivry à Ivry-sur-Seine, le 25/11/2017 au Pôle culturel d’Alfortville et le 25/12/2017 au Théâtre de Chatillon  | Durée : 2h45

Eugène tres contentEntre satire féroce, cours d’économie appliquée et réalisme magique, le Birgit Ensemble signe une comédie cynique et incroyablement profonde sur les ravages de la crise grecque et l’identité européenne.

C’est vendredi soir ! Bien assis dans votre canapé, face à votre télé ? Parfait, vous allez pouvoir assister en prime time à la première de Parthenon Story, la nouvelle télé-réalité qui doit cartonner. Le principe ? Toujours le même : six candidats enfermés dans une maison pendant une semaine. Tous sont surendettés ou au chômage mais l’un d’entre eux, s’il l’emporte, aura la possibilité de voir sa dette effacée. Tous ont des histoires qui reflètent la complexité et la façon dont la crise a façonné la Grèce : l’une a été licenciée quand la télévision publique grecque a cessé d’émettre, une autre devait aider sa mère malade, un troisième voulait lancer sa boîte mais croule sous les dettes. Le hasard, enfin pas tout à fait, veut qu’ils portent tous les noms de personnages issus de la mythologie ou du théâtre grec : Antigone, Oreste, Médée, Iphigénie, Ulysse et Cassandre.

Malheureusement, tout ne se passe pas comme prévu et assez vite après le début de “l’aventure”, la situation commence à déraper. Un des sponsors se retire et par souci d’économie, les candidats se voient couper l’eau et l’électricité tandis que leur nourriture est rationnée. Comme un miroir de la situation de la Grèce, l’austérité leur est appliquée de façon totalement absurde et barbare, dans une spirale vertigineuse dont on sait dès le début qu’elle ne peut terminer que par l’implosion. En parallèle, le spectateur suit étape par étape sur près de six ans les différents jalons de la crise grecque. On commence avec l’annonce-surprise d’un déficit de 13% (contre les 6% précédemment annoncés) et on termine sur l’arrivée d’Alexis Tsipras, salué comme le sauveur – espoir vite déçu.

Intelligent et drôle

L’espace où se jouent les négociations qui doivent décider de l’avenir de la Grèce surplombe celui où se déroule le show, comme pour montrer où se trouvent les vrais enjeux. Ce va-et-vient entre une télé-réalité cruelle et le monde de la technocratie est cependant perturbé par l’arrivée d’un étrange personnage, une femme millénaire. Il s’agit en fait de la déesse grecque Europe : elle est venue mettre un peu d’ordre sur cette terre qui porte son nom et où la chancelière Angela Merkel et Jean-Claude Trichet, le patron de la Banque centrale européenne, invoque son nom pour imposer leurs quatre volontés au peuple grec.

Le Birgit Ensemble signe avec cette pièce une fresque brillante, incroyablement drôle et intelligente, sur l’absurdité et la brutalité de la crise grecque. Derrière la satire et via l’immixtion d’un élément magique – une déesse – ce spectacle interroge l’immoralité qu’il y a à demander des comptes à un peuple qui souffre, et le déni de démocratie que représente l’imposition successive de trois plans successifs “d’économie”.

Ouzo et Christine Lagare Lagarde en pleurs

On assiste en fait à une sorte de grande fresque épique qui s’achève en un final grandiose où la fiction dépasse la réalité. La mise en scène parodie à merveille la scénographie clinquante de l’Eurovision et des télé-réalités et il est presque jouissif de voir Angela Merkel, Nicolas Sarkozy, François Hollande être tournés en ridicule, ramenés à leur statut de petits technocrates donneurs de leçons et inhumains, ou encore d’entendre Christine Lagarde confesser être la femme la plus puissante du monde mais ne rien savoir faire de ses mains.

Procédé original : une fois n’est pas coutume, vous êtes invités à garder votre smartphone pendant tout le spectacle. Il pourra vous être bien utile (enfin, si vous captez le réseau, ce qui n’était pas le cas du Rhino le soir de la représentation). Et le public sera même invité à trinquer à la fin à la santé de la Grèce avec ce qui ressemble à de l’ouzo très très très allégé. Comme une incitation à se rebeller, à se sortir de la léthargie et à secouer les allégeances néfastes et les situations qui, sous couvert de moralité et de justice, conduisent à des solutions inhumaines.

Avec qui y aller ? Un.e passionné.e de justice sociale, un.e fan de réalisme magique, un.e philhellène, un.e pourfendeur de l’agent fou.


Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage

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