Elian Bachini 3
La mécanique des ombres de et par Naïf production

Chutes et suspensions

Du 06 au 30/07/2017 au CDC – Les Hivernales (Avignon) | Durée : 55 minutes | Pour y aller

Eugène tres contentTrois silhouettes masculines, jean classique et sweat à capuche, les visages obscurcis par un tissu noir, dansent dans un carré bordé de blanc. Dansent ? Ou plutôt chutent avec une élégance à couper le souffle. Si le mouvement n’est qu’une série de chutes maitrisées, alors ces trois-là ont perfectionné l’art de tomber.

Issus tous les trois de l’univers du cirque, les danseurs Sylvain Bouillet, Mathieu Desseigne et Lucien Reynès ont conçu un spectacle étrange et hypnotique, accessible à tout âge et quelle que soit la sensibilité artistique de chacun.

Une maîtrise technique parfaite

Les triplets sans visages sont anonymes. Impossible de lire leurs émotions ou de créer une empathie autrement que par le corps. Un tel dispositif ne pardonne pas. Or, le spectacle révèle minute après minute leur virtuosité. En plus de leur capacité à choir sans y laisser leur intégrité physique, ils créent des figures d’une complexité hypnotique. À de nombreuses reprises, on pourrait croire que les danseurs flottent dans l’air.

Elian Bachini

Car ce qui marque la rétine sont les instants de grâce qui précèdent les chutes. Des poses qui tiennent quelques secondes puis s’effondrent. Dans le public on entend des onomatopées parfois, des exclamations aussi, empreints d’émerveillement et de surprise

Une poésie de fracas

Pendant le spectacle, on se raconte des histoires. La première partie, essentiellement au sol, semble raconter une enfance, l’incapacité à trouver la verticalité, à tout simplement se lever. La seconde, au cours de laquelle les danseurs retrouvent une capacité à marcher et proposent des figures de plus en plus acrobatiques, donne le sentiment que les trois hommes se cherchent sans jamais se trouver. Les équilibres deviennent de plus en plus spectaculaires, et le mouvement se fluidifie sans trouver de stabilité. Enfin, on arrive au dénouement, qui tranche avec les parties précédentes.

Alors en sortant on sait qu’on a eu affaire à des poètes du corps, on est bluffés, émerveillés et légèrement troublés. Entre ombre et lumière, chute et suspension, envol et fracas, Naif Productions signe une œuvre complexe et sans complaisance.

Avec qui y aller ? Une chenille pressée de devenir papillon.


Crédit photo : Elian Bachini 

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