L'Apprenti - Photo - ph.Andre-Muller
L’Apprenti de Daniel Keene par Laurent Crovella

Choisir son ascendance

Du 07 au 28/07/2017 à 10h40 à Présence Pasteur | Durée : 1h | Pour y aller

Peut-on choisir ses parents ? C’est la question que se pose Julien, un jeune garçon. Il est intrigué par Pascal, habitué du café en bas de chez lui, et décide d’en faire son père. S’ensuit une sorte d’apprentissage de plusieurs mois, durant laquelle la relation entre les deux va se tisser, et se renforcer. Un spectacle touchant, ficelé avec soin.

L’écriture de Daniel Keene se propose de questionner à nouveau ces liens de famille dont on ne décide pas, et qui pourtant font de nous qui nous sommes. Julien, bien qu’enfant, semble avoir conscience de cette influence qu’a l’éducation sur l’adulte que nous devenons. Son choix de « sélectionner » un homme qui partagerait ses idées et sa vision du monde le mène à Pascal, journaliste solitaire et mystérieux.

Deux solitudes au détour des âges

Créer une relation telle que celle que cherche Julien est long, et à certains moments difficile. Treize scènes sont comme sélectionnées au fil des mois, allant de leur rencontre à un moment plus tardif. Entre ces deux points, les deux hommes se découvrent, se cherchent, s’interrogent. Ils se trouvent à des endroits différents, voire opposés, de leurs vies.

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Julien est jeune, il se sent délaissé par son propre père, et voit dans Pascal la possibilité de faire exister une relation père-fils idéalisée et absolue, remède définitif contre l’inévitable solitude de l’être. De son côté Pascal, grand amateur de mots fléchés, incarne un état très éloigné du rêve d’enfant : la vie est devenue réelle, comme le montre la discussion qu’auront les deux au sujet du possible et de l’impossible. Désabusé, il peine d’abord à entrer dans le jeu de l’enfant, mais y parvient avec le temps.

Au fil des mois, l’apport de l’un à l’autre de ces deux personnages devient très clair, et c’est ensemble qu’ils se construisent, dans leur relation et en-dehors. Que l’un des rêves de Pascal se réalise en fin de pièce semble logique : de l’espoir qu’il a appris à nourrir avec Julien, il a réussi à faire une force. Julien, lui, trouve chez Pascal ce qu’il n’a pas eu avec son propre père, et en nuance sa vision. Avec subtilité, Keene s’adresse à tous, à nos attentes et à nos idéaux.

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Un dispositif intimiste et autonome

Le dispositif scénique déployé pour cette pièce est immersif, semblant faire écho à l’universalité du propos de l’auteur. La scénographie de Gérard Puel, décrivant un cercle, entoure les comédiens, faisant directement intervenir le spectateur dans l’imaginaire du spectacle. Les lieux décrits par la narration s’adaptent parfaitement à la configuration spatiale, et le spectateur devient complice de cette relation naissante. Prévu pour l’itinérance, le dispositif est aussi autonome qu’il est intimiste.

Quant aux lumières et au son, conçus respectivement par Thierry Gontier et Grégoire Harrer, ils entourent également le public, et présentent une certaine douceur qui se marie à merveille avec les tâtonnements de Julien et Pascal. Le jeu fluide et droit de Xavier Boulanger et Gaspard Liberelle permet une complicité rapide avec les spectateurs. En peu de mots, la délicatesse de L’Apprenti accorde une pause touchante et juste dans le bouillonnement du OFF d’Avignon.

Avec qui y aller ? Avec le mec du café d’en bas. 


Crédit photo : André Muller.

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