MMH © Zoeì Dumont
Meet Me Halfway d’Edouard Hue par la Beaver Dam Company

Fractures au ralenti

Du 07 au 30/07/2017 au Théâtre Golovine (Avignon) | Durée : 55 minutes | Pour y aller

eugene3Trois danseurs partagent, au ralenti, un plateau nu. Une création originale et virtuose, compacte, entre claire et obscure.

Dans l’obscurité, un danseur (Edouard Hue) occupe le centre de la scène, virevoltant sur lui même. Progressivement, la lumière s’accentue, et tandis qu’il danse éclairé d’une lumière franche, une seconde danseuse, dans l’ombre, tourne au sol. L’orbite de celle-ci se rapproche du centre, jusqu’à ce que les deux corps se rencontrent. Un troisième danseur va également entrer de manière similaire.

La rencontre : nucléique ou nucléaire

Lorsque qu’Edouard Hue et Erin O’Reilly dansent ensemble il se passe des choses extraordinaires. Les visages placides, sans un regard mutuel, ils créent une sorte d’hélice humaine au ralenti. Des bras et des jambes s’évitent et s’entourent dans un mouvement organique, quelque part entre la capoeira et la danse contemporaine.

Le duo évolue. Au départ ils se touchent peu, puis au fil des minutes ils semblent s’apprivoiser, dans une harmonie des corps qui sous-entend la symbiose. Cet état des faits laisse place à des interactions de plus en plus dures, voire violentes, qui mènent à une épuisante lutte en corps à corps.

Alors que les deux premiers danseurs sont à bout de force, un troisième danseur (Félix Héaulme), qui est entré par le même procédé de gravitation au sol, prend la scène. Le trio nouvellement formé est incapable de trouver un équilibre, ils sombrent tous à nouveau dans le noir, et tout disparaît.

Hypnotique mais inégale

Toute la première partie du spectacle est absolument hypnotique. Les deux danseurs parviennent à créer des suspensions et des images qui se gravent sur la rétine, dans un lent mouvement sans fin. L’imagination du spectateur se raconte des histoires, qui évoluent au fil de cette danse extrêmement compact.

MMH 4 © Zoeì Dumont

Le troisième mouvement, quant à lui, est moins dense. Quelque chose dans l’écriture chorégraphique paraît moins saisissable. La tension dramatique semble être tombée, le fil est plus difficile à saisir. C’est alors qu’on remarque que les choix musicaux sont peut-être plus caricaturaux qu’on le souhaiterait. Il y a quelque chose d’attendu dans l’évolution des musiques, par ailleurs très à la mode de la danse contemporaine.

Cela étant dit, les remarques sont relatives. Il n’y a aucun doute que cet objet scénique réjouira le public par la sensibilité et les virtuosités déployées. On sort comme sous le choc de tant de beauté, étonné de voir que le monde entier n’ait pas décidé de se mettre au ralenti, décidément le plus beau des rythmes.

Avec qui y aller ? Des amphétamines


Crédit photo : Zoei Dumont

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