Modeste Proposition - libre de droit
Modeste proposition en faveur d’un cannibalisme raisonné de Jonathan Swift par Yves Fravega

Mangez-moi, mangez-moi, mangez-moi

Du 9 au 30/07/2017 au Théâtre Le Petit Chien | Durée : 50 minutes | Pour y aller 

eugene plutot contentManger les enfants pour mettre un terme à la pauvreté : l’idée avait été soumise jadis une première fois par boutade par l’auteur de Gulliver. Appliquée au monde moderne, remis au goût du jour avec un humour acide dans un seul-en-scène en forme de cours magistral, ce texte n’a rien perdu de sa férocité, deux siècles plus tard.

Faut-il manger les enfants ? Et s’il s’agissait de la meilleure solution pour mettre définitivement un terme à la pauvreté ? Imaginez : les enfants de pauvres finiraient dans l’assiette des riches – ce qui est normal puisqu’après tout, ce sont eux qui les ont rendus pauvres – et fourniraient ainsi une source de revenus à leurs parents. On pourrait même imaginer des fermes d’enfants voire…la création d’un label, similaire au bio ou au commerce équitable. A l’échelle de l’Europe, l’Espagne et la Grèce seraient bien évidemment mis à contribution pour fournir leurs chères têtes blondes afin d’engraisser les Allemands.

La question avait été posée une première fois au XVIIIe siècle par Jonathan Swift dans un texte provocateur publié de façon anonyme pour dénoncer la situation d’extrême pauvreté qui accablait l’Irlande de l’époque. Remis au goût du jour dans la France contemporaine, ce texte adapté au théâtre prend la forme d’un seul-en-scène dans lequel un comédien énumère, chiffres à l’appui, les raisons qui devraient nous pousser à adopter cette solution radicale : la France compte 8 millions de pauvres, dont 1 million d’enfants, particulièrement vulnérables et susceptibles de tomber dans l’alcoolisme, la prostitution, la délinquance.

Et si, en acceptant de se faire manger – puisque tout doit reposer sur le “volontariat” sur le modèle des sociétés amazoniennes, précise-t-on en introduction – ils contribuaient au bien-être général ? Au vu du thème, le léger accent métallique de l’acteur lui donne des airs de savant fou digne d’un nanar des années 60. Accompagnée au piano d’un musicien qui chante joyeusement d’un ton doucereux “Eat my meat, eat my knees, eat my Jesus, eat my boobs”, cette leçon inaugurale assez similaire à un cours d’amphi à la fac, vous arrache des sourires gênés tant l’humour est féroce, tant l’idée de base, poussée à l’absurde, va loin. A ne pas faire voir aux enfants, surtout ceux qui sont pauvres, mais à recommander aux lecteurs de Fluide Glacial et de Charlie Hebdo.

Avec qui aller ? Un.e adepte d’humour noir, un.e fan de dystopie.

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