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Les Particules élémentaires de Michel Houellebecq par Julien Gosselin

Autopsie d’un déclin

Du 12/09 au 01/10/2017 au Théâtre de l’Odéon | Durée : 3h50 | Pour y aller

Après 2666, vu la saison dernière à Avignon puis à Berthier, Julien Gosselin et sa compagnie reprennent leur adaptation des Particules élémentaires, fresque de Michel Houellebecq posant un regard acéré sur notre société. Le plaisir et la jouissance, devenus impossibles, sont pourtant les seules possibilités d’épanouissement d’une espèce humaine vouée à la déchéance dans un monde matérialiste et hyper-sexué. Percutant et sensible.

Qu’arrive-t-il lorsqu’une société est arrivée au paroxysme du confort matériel et de la libéralisation sexuelle ? Houellebecq s’intéresse à cette question dans son roman Les Particules élémentaires. On suit le parcours de deux demi-frères, Michel et Bruno : l’un est scientifique et émotionnellement et physiquement froid ; l’autre, professeur de philosophie, ne cesse de penser aux femmes et au sexe, parcourant les communautés libertines et New Age. Leurs destins, pourtant opposés, s’inscrivent selon l’auteur dans la continuité du parcours entamé par leurs parents, la génération vieillissante des hippies et des soixante-huitards.

Une écriture acerbe traduite en plateau avec justesse

Ce que décrit l’auteur dans son roman-fleuve est une succession de cycles civilisationnels analogues. Par l’intermédiaire de ses deux personnages, c’est notre société qu’il se donne à analyser, et plus particulièrement son déclin dans le matérialisme, l’individualisme et l’hypersexualité. Malgré un négativisme certain, ce qui caractérise l’écriture de Houellebcq est une certaine dérision, un second degré très marqués. Lorsque Gosselin choisit d’adpater Les Particules élémentaires, il parvient à préserver cela.

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Ses comédiens, hyper investis, et la disposition scénique avec des gradins en « U », donnent des airs d’arène ou de terrain de sport à l’espace recouvert de faux gazon. Les personnages se déclinent de façon quasi-caricaturale, et sont présentés par la projection de leur nom avec une typographie épaisse et du gros son, mais le spectateur n’est pas surpris. Si certains pourraient trouver une certaine lourdeur aux premières minutes du spectacle, la profondeur de chacun d’eux s’installe au fur et à mesure de la pièce. Ils prennent de la maturité, tandis que leurs vies défilent et que le raisonnement de Houellebecq est développé. Le personnage de Houellebecq lui-même est par ailleurs présent au plateau. Brillamment interprété, il apporte une autre touche de dérision à la mise en scène, tout en encrant le caractère adapté du texte.

Un rythme énergique et soutenu

Trois heures cinquante, cela peut paraître long sur le papier – et pourtant peu face aux trois-cent-dix-sept pages du roman. Or comme il l’avait fait lors de son spectacle 2666, Julien Gosselin varie les registres et les outils avec efficacité et justesse tout du long, maintenant l’attention de son spectateur et la tension scénique. Dans cette forme presque brutale, qui nous rappelle les plateaux de télévision ou les compétitions, le metteur en scène semble doublement évoquer la société de consommation de masse développée par l’auteur, où chacun serait une pièce de ce bétail incapable d’aimer.

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Un texte toujours plus d’actualité

Alors, voir dans la société de nos grand-parents l’origine de l’extinction de l’espèce humaine ? Pourquoi pas, si en effet Houellebecq met l’accent sur la dissociation entre désir et reproduction. Depuis la libération sexuelle, il est vrai que la civilisation occidentale a connu une mutation profonde, et la chute successive d’anciens modèles – comme celui de la famille. Que dire de cette approche, à part qu’elle est encore rejointe par une nouvelle génération qui ne comprend ou n’approuve plus les choix de ses aînés, et hérite pourtant de ses désillusions et de son impuissance ? On pense notamment à la très marquante scène « Tribute to Charles Manson », qui développe le lien de parenté entre hippies et satanistes. La mise en scène de Gosselin possède la qualité de réactualiser un texte paru en 1998, mais dont l’approche séduira certainement une nouvelle génération encore – tandis qu’elle rappellera aux autres le regard prolifique et contesté de Michel Houellebecq, auteur majeur et emblématique.

Avec qui y aller ? La jeunesse nevrosée et désabusée dont les dents grincent à la seule évocation des soixante-huitards vieillissants et des hippies. 


Crédit photo : Simon Gosselin.

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