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La Despedida de et par Mapa Teatro

Poétique de la politique

Du 13 au 18/11/2017 au Théâtre des Abbesses | Durée : 1h10 | Pour y aller

La compagnie colombienne Mapa Teatro revient dans ce spectacle sur les conflits armés qui ont touché le pays durant près d’un demi-siècle. Usant d’un vocabulaire mixte, entre vidéo, installation plastique, musique et geste, ils renouvellent la vision que l’on peut avoir d’un théâtre à portée politique. S’y mêlent fiction et poésie, aboutissant à la création d’un triptyque : « La Despedida » (« Les Adieux ») en constitue le dernier volet.

Le cycle « Anatomie de la violence », portant sur les cinquante-deux ans de conflits armés ayant touché la Colombie, se clôture sur ce spectacle de la compagnie. Comme point de départ : un ancien camp FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie) au milieu de la forêt, transformé en musée pour les touristes. Chacun peut y voir une mise en scène des prises d’otages réalisées lors de la guérilla, et certains comédiens s’avèrent même jouer leur propre (ancien) rôle. Un retournement de situation inédit, que le Mapa Teatro fait parler dans un spectacle où différents médiums se côtoient et se complètent.

Un théâtre pas si documentaire

Sur une parabole, la projection d’un extrait du premier reportage documentant la guerre civile en Colombie. La douce et régulière voix de Rolf Abderhalden nous berce, tandis qu’un rideau à imprimé texturé nous sépare du plateau. C’est donc par une note relativement rationnelle que débute le spectacle, qui s’avère ensuite dériver vers une exploration plus sensible de l’évolution de la Colombie, des années soixante à aujourd’hui.

La fiction occupe ici autant de place que l’étude de la réalité – et quel meilleur exemple aurait pu trouver la compagnie que celui des camps-musées ? L’histoire se raconte dans des lieux réels, grâce à l’outil théâtral. L’ironie veut que la paix en Colombie ait justement été signée sur une scène de théâtre. Le croisement entre politique et culture a un statut particulier ici, et c’est également cela qu’explorent Heidi et Rolf Abderhalden.

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Poésie visuelle et sensorielle

Musique, fumée, plantes équatoriales, ombres et moulages conjuguent arts-plastiques et réflexion politique. Les mots se font, peu à peu, de plus en plus rares, et les scènes se succèdent dans une transmission sensorielle et visuelle – la persuasion n’est pas de mise, surtout dans un spectacle qui met en lumière le subjectivité des informations communiquées sur un conflit. S’il n’y a pas de « vérité partagée », alors n’est-il pas plus facile de laisser au spectateur à ressentir la mélancolie d’une idéologie et d’une révolution en train de s’éteindre ? Et nul besoin de mots, lorsque l’on voit Miss Colombie être -finalement- déchue de son statut de Miss Univers : la lumière est ailleurs, et les rêves ont changé.

La scénographie conçue par Pierre Henri Magnin navigue avec grâce d’un registre et d’une époque à l’autre. On est dans la jungle, dans l’espace, à la télévision, dans le Royaume des Morts… Et tout cela s’emboîte avec un naturel hallucinant. A voir – ne serait-ce que pour la spécificité du langage de la compagnie.

Avec qui y aller ? Vos ami.e.s communistes, traveler.se.s, politisé.e.s, mais pas seulement.


Crédit photo : Camille Barnaud / Mapa Teatro.

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