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Crowd de Gisèle Vienne

Danse des ténèbres

Du 07 au 16/12/2017 au Théâtre de Nanterre-Amandiers | Durée : 1h30 | Pour y aller

Eugène tres contentLa plasticienne Gisèle Vienne, que l’on connaît pour ses portraits de marionnettes et ses spectacles explorant les sujets du sexe et de la violence, présente pour le Festival d’Automne à Paris « Crowd ». Cette pièce pour quinze danseurs explore notre intérêt pour les free-parties et autres manifestations nocturnes, sur fond de techno industrielle. Un petit chef-d’oeuvre.

Jeff Mills, Underground Resistance… La dernière création de la grande Gisèle Vienne nous plonge dans une sélection des meilleures tracks de techno des années 90, sur laquelle se déroule une grande messe magnétique. D’une beauté puissante, étrange et singulière.

Ressentir et réfléchir le club

Quinze jeunes réunis à l’occasion d’une free-party dansent, tandis que se déploient entre eux une multitude de micro-événements et d’interactions. Affection, colère, compassion… Le geste et l’émotion exacerbés par la gestuelle des danseurs révèlent une observation juste et minutieuse de ce qui constitue peut-être l’essence de ces soirées : une recherche d’intensité et de liberté, allant de paire avec un amour d’un courant musical brut et incisif.

La parole est ainsi donnée à un univers peu représenté au théâtre, celui de la techno et des contre-cultures dont elle fait partie. Des terrains vagues à la salle transformable de Nanterre-Amandiers, celle-ci parle d’une certaine jeunesse, et parvient à la toucher en un endroit inattendu, et plus intime. Sublimant les rituels nocturnes, Gisèle Vienne revendique également leur légitimité artistique et contemplative, tout en explorant les pulsions de vie et de mort qui les habitent. 

Montages et démontages

La succession des mouvements est prévue au millimètre : ce sont des véritables séquences qui se succèdent, au cours desquelles la metteuse en scène joue avec la temporalité. Dilatations, accélérations, et suspensions réinventent l’idée de départ de la danse ralentie – qui aurait pu être redondante. Mais Gisèle Vienne évite cet écueil, créant un objet théâtral singulier, qui emprunte aux codes du cinéma, de la performance, du clip…

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Gisèle Vienne explore également avec subtilité le fragile rapport entre solitude et collectif en teuf. Par la répartition spatiale et l’organisation des mouvements, on est tantôt dans l’intériorité de l’un des personnages, tantôt l’on assiste à un moment de communion, où bien que chacun suive le même rythme, chacun est animé par son émotion propre. Ainsi se dévoilent et s’expriment les violences et les pulsions de chacun, qui trouvent un défouloir dans la danse. De l’extrême joie à l’extrême chagrin, tous trouvent leur place, s’articulant tels les rouages d’une grande machine – à laquelle fait écho la musique de Jeff Mills. 

Une narration sans paroles toute en finesse

Le temps, devenu matière élastique, se déploie ainsi devant un spectateur devenu presque voyeur – à aucun moment les danseurs ne semblent composer pour un public. La précision de leur gestuelle, et la manière dont chacun de ces performeurs parvient à exprimer une personnalité-propre, nous fait pénétrer une multitude de petites narrations.

C’est ainsi que l’artiste Grenobloise révèle le caractère presque sacré de ces rassemblements d’âmes, toutes animées de désirs et de craintes. Que l’on se reconnaisse ou non dans les personnages de ce spectacle, que l’on soit amateur de techno de Detroit ou non, « Crowd » est un spectacle à ne pas manquer, tant pour la singularité de son approche que pour ses qualités plastiques.

Avec qui y aller ? Tout le monde, absolument tout le monde, il faut y aller.


Crédit photo : Estelle Hanania. 

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