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Macbeth de William Shakespeare par Stéphane Braunschweig

Prime à la scénographie

Du 28/01 au 10/03/2018 au Théâtre de l’Odéon | Durée : 2h45 | Pour y aller

Pour sa deuxième saison complète à la direction du Théâtre national de l’Odéon, Stéphane Braunschweig, son directeur depuis 2016, met en scène Macbeth de William Shakespeare. Le Rhinocéros en a préféré la scénographie et l’habillage musical – faute d’un jeu qui lui ait bien piqué le bout de la corne.

La tragédie se joue dans une tension. D’un côté, l’expression des appétits les plus obscurs du général d’armée Macbeth, qui est gagné par une folie de meurtres et une soif de pouvoir sans bornes après que trois sorcières lui soufflent dans un rêve que la couronne lui tend les bras.

Et de l’autre le poids moral de ses actes et les lourdes conséquences que ce tourbillon de mort – Macbeth poussé par sa femme Lady Macbeth assassine tous ceux qui s’opposent à son accession au pouvoir – fait peser sur sa raison et sur sa vie.

Une tension qui s’exprime pleinement dans l’espace

Or cette tension trouve pleinement à s’exprimer sur la scène de l’Odéon. L’intégralité de la pièce se déploie dans deux espaces en profondeur. Le premier est avant-scène dans toute la largeur, tout en carrelages blancs du sol jusqu’aux murs. On peut y voir au choix une cuisine, où une dose certaine d’hémoglobine viendra se répandre au fil de la pièce, mais aussi une salle d’internement.

En tout cas, un endroit froid, plutôt glaçant, où sont données à voir les turpitudes de nos personnages, leurs bas instincts. Et pourtant, cet espace d’inconscient et de conquête, caché au fond des personnages, est celui qu’on voit le mieux, à l’avant-scène, au plus près du public.

À l’arrière plan, au contraire, le côté public et présentable de nos personnages est dans la lumière, à la cour royale d’Ecosse. La salle de déjeuner du roi Duncan réapparaît à plusieurs reprises dans une salle fond de scène, elle plus étroite, comme nichée derrière le carrelage blanc.

Comme si toute cette richesse de décors, d’usages et de relations sociales de pouvoir ne reposait au final que sur des fondations inconscientes glauques et morbides. Des fondations dont les Macbeth seraient les magnifiques, ou horribles, représentants.

Entre ces deux espaces, les comédiens vont et viennent. Un espace est au bord de l’autre, et de temps en temps l’envahit.

Espace, musique, mais…

Le Rhinocéros a été aussi sensible aux plongées répétées dans le noir de la salle, sur fond de musiques assourdissantes ou haletantes. Ce qui donne bien le sentiment aux spectateurs de tomber avec Macbeth, de sombrer avec lui, de perdre peu à peu pied. Parfois ces instants de silence et de noir durent presque une minute, mais ils trouvent leur place.

Espace, musique… Restait le jeu et la tension entre les comédiens. C’est clairement ce qui a manqué au Rhinocéros pour être embarqué à plein dans la folie de pouvoir des Macbeth. Le trouble ne monte pas sur scène même si Adama Diop (Macbeth, vu aussi dans 2666 récemment) a de très bons moments.

Avec qui y aller ? Un nostalgique des geysers de sang chez Tarantino.


Crédit photo : Elizabeth Carecchio

Une réflexion sur “Macbeth de William Shakespeare par Stéphane Braunschweig

Prime à la scénographie

  1. Un Macbeth conformiste de petit joueur
    Pour cette mise en scène de MACBETH, le directeur du théâtre de l’Odéon Stéphane Braunschweig est étrangement crédité de la co-traduction de la pièce de Shakespeare. C’est étrange car en réalité toute la traduction à été réalisée à cent pour cent par Daniel Loaysa… Les contributions du directeur de l’Odéon se sont limitées à quelques demandes de réécritures et d’adaptation à son traducteur. Il faut rappeler qu’une traduction est créditée de droits d’auteur conséquents liés non seulement à la diffusion de l’œuvre mais surtout à sa représentation… Pareil ou plutôt pire pour la scénographie dont le directeur de l’Odéon est crédité comme concepteur à part entière. Or à part quelques brouillons et vagues notes, toute la scénographie et conception des décors ont été entièrement réalisés par Alexandre de Dardel, qui n’apparaît sur le programme qu’en tant qu’ assistant… Le brouillon de Braunschweig à été respecté d’ailleurs, des empilement de boîtes : ce qui se fait de plus conventionnel depuis des lustres au théâtre. Le salaire de directeur de l’Odéon, également metteur en scène d’opéras, est-il donc si faible que ce dernier ait besoin de ‘taper’ généreusement sur celui de ses camarades ?
    Quant à la mise en scène 2018 du Macbeth de Stéphane Braunschweig, quoi de neuf ? Pas grand-chose à vrai dire. C’est une version ‘light’ de Shakespeare, désincarnée et lourdaude. Certaines scènes ont été supprimées comme les réapparitions des sorcières et celle de la déesse Hécate, comme si la présence de la magie en 2018 était encore choquante. La direction d’acteur n’est pas non plus convaincante. Pour faire branchouille, on parle ‘Brexit’ en lieu et place du royaume d’Ecosse… Stéphane Braunschweig dans cette version du Macbeth n’a laissé pratiquement aucune marge d’interprétation à sa troupe. La moindre des inflexions vocales de ses acteurs est chez lui matière à contrôle et surveillance. On abouti donc à un lissage très neutre et monotone de la diction dans cette mise en scène. Comme on est loin de la magie verbale de Welles (revoir d’urgence son Macbeth !) et des grands dramaturges anglais ! Que dire du couple maudit Macbeth et Lady Macbeth. Tout simplement pas crédible. La diction et les placements souvent hésitants d’Adam Diop en font un Macbeth de bande dessinée. Et les seules ‘trouvailles’ du metteur en scène Braunschweig pour conférer à Lady Macbeth/Chloé Réjon une épaisseur démoniaque sont ses assez ridicules exhibitions et trémoussements sur une table de la cuisine qui sert aussi de table à manger. Le public est habitué au visionnage de petites culottes sur les affiches, et ici comme ailleurs, pas de quoi fouetter un chat… On s’ennuie donc en réalité très vite dans cette mise en scène, et même dès le début, dès l’apparition des sorcières grimées en parturiantes de collège jouant à Mardi-Gras. Mise en scène sans âme, sans noirceur ni profondeur. Du Shakespeare light (le bureau du roi est une copie de celui de l’Elysée. Quel audace !…), finalement assez dans l’air du temps : conformiste.

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