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F(L)AMMES de et par Ahmed Madani

Nouvelle Gaulle

Vu entre 06 au 30/07/2017 au Théâtre des Halles (Avignon), tournées prévues jusqu’en 2018 compris, notamment à La Commune | Durée : 1h30 |

Eugène tres contentLe spectacle qu’on attendait depuis des décennies : des femmes d’origine extra-métropolitaine parlent de leur sentiments pour la France. Toutes nées de parents qui sont venus tard à l’hexagone à la recherche d’une vie meilleure et qui sont restés fonder des familles de France. Une écriture fine et percutante, drôle en sus, qui donne enfin une voix.

Hormis un micro vintage et dix chaises, la scène est nue. Elle est bien assez occupée par les histoires des femmes qui vont y défiler, danser, chanter et surtout parler. Le spectacle commence sobrement par le monologue d’une des femmes.

Ouvrir la voix

Les femmes issues d’origines dites « visibles » (politiquement correct, quand tu nous tiens) sont les grandes oubliées de l’histoire collective. Si plusieurs artistes et intellectuels commencent enfin à leur donner une voix, c’est pour notre plus grand bonheur. Car comment comprendre la France sans les écouter, elles aussi ? Et comment continuer d’accepter que notre société ne reflète pas sa diversité, sur scène comme dans les salles de spectacle ?

Elles sont femmes – noires et arabes – mais aussi third culture kids, c’est à dire des enfants élevés dans un pays (la France métropolitaine) par des parents d’une autre culture (algérienne, créole, ivoirienne et j’en oublie). Elles sont chacune héritières de mélanges uniques qu’elles sont susceptibles d’exprimer par la voie d’une troisième culture hybride. Rares sont les spectacles qui arrivent à toucher du doigt ce phénomène sociologique et psychologique. Madani le fait avec brio, en relevant parmi ces multiples facettes identitaires celles qui font briller ses comédiennes.

Tout le spectre des émotions

Ces remarques contextuelles faites, F(L)AMMES est une œuvre bouleversante et vraie. Elle devrait être enseignée au lycée, montrée aux ministres, joué dans les cours de récréation et dans les open space, et étudiée en cours d’histoire. Parce que la « grande histoire » ne peut pas ignorer ce témoignage collectif de la diversité des histoires de France.

Avec beaucoup d’humour et d’intelligence, avec dignité lorsqu’il le faut, avec fougue et passion parfois, ces femmes dévoilent leurs secrets. En face, pris au dépourvu, le public se reconnaît éventuellement, compatit souvent, apprend beaucoup, et ne s’apitoie jamais. C’est l’une des forces du spectacle : ces femmes sont nos égales. Sur certains plans, elles nous dépassent même.

Vous l’aurez compris : courrez-y.

Avec qui y aller ? Je ne vais pas me répéter


Crédit photo : François Louis Athénas

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