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Humiliés et Offensés de Fiodor Dostoïevski par Anne Barbot

Agitations nihilistes

Du 11 au 13/01/2019 au TRR de Villejuif | EN TOURNEE | Durée : 4h | Pour y aller 

Eugène tres contentAprès quatre ans de travail de mise en place en partenariat avec le Val-de-Marne, diverses pérégrinations et représentations, « Humiliés et Offensés » prend aujourd’hui vie sous sa forme définitive. Une pièce pleine de reliefs, de vitalité, d’acteurs talentueux !

Personnages manichéens

Quand on voit au milieu d’une scène fastueuse, le Prince pour la première fois, folâtre et sans gêne, l’œil perfide, on ne peut s’empêcher de se dire à soi-même – ou à voix haute comme l’a fait une camarade spectatrice : « celui-là on ne va pas l’aimer ! ». 

Dans « Humiliés et Offensés », on sent les injustices rôder et on les voit se manifester outrageusement. On sent le joug des inégalités de classes.

On découvre au fur et à mesure Ivan, l’écrivain fleur bleue qui aime Natacha, une jeune femme pleine d’entrain, qui le quittera pour Aliocha, béjaune impétueux. Aliocha est le fils du Prince. Il est promis à Katia, une riche héritière activiste. Aliocha tombe sous le charme de Katia, et délaisse Natacha pour celle-ci. Il rejoindra (au grand dam du Prince) le combat de Katia et de ses camarades : des humiliés et offensés assumés. Ils décideront ensemble de renverser le pouvoir établi.

Le récit est une consécution de situations révoltantes vécues par des gens à bout. On peut penser que l’attraction qu’a Aliocha pour ce groupe d’insurgés n’est qu’une tocade. Mais c’est un cri pour la vie, pour l’émancipation. 

Nuances et vraisemblances

Ces aspects manichéens ne sont que la partie apparente d’un iceberg vertigineux. Dans ces rouages bien complexes où un texte, une metteuse en scène douée et sa scénographie ingénieuse rendent palpable des rapports humains délicats, une dualité qui démunit chaque personnage dans sa quête d’un idéal, de justice.

Le public est installé en bi-frontal, il entoure l’action. C’est un témoin indéniable qui, de surcroît, voit son miroir : l’autre public en face et les acteurs qui se mêlent à eux par moments. Nous sommes pris à partie malgré nous, et avons la vague sensation d’avoir consenti à ces inégalités inhérentes à cette fresque Dostoïevskienne. Les événements atteignent des extrêmes, poussent à la violence et à la destruction. Alors l’écho d’une phrase d’un des activistes, l’intrépide et séditieux Pierre : « Je suis celui qui démoralisera les gens, celui qui ébranlera systématiquement les bases, celui qui ruinera la société et ses principes; qui la rendra malade triste cynique et sceptique pour qu’elle soit possédée par l’instinct de survie ». Une tension qui monte et qui prend une juste et inévitable dimension, vers le chaos. 

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Autour de ces personnages isolés plane une lutte commune.

On ne dira pas assez à quel point les comédiens nous ont touchés, à quel point l’orchestration de cette pièce est fine, brutale, fraîche et pleine d’intelligence. Dans cet article non exhaustif, un dernier hommage pour les lumières et les couleurs, un décor sobre et sensible, et une inventivité musicale vibrante.

Avec qui y aller ? Les forces tranquilles qui veulent contempler un débat sur la société, sur l’amour.


Crédit photo : Dominique Vallès.

 

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