isabelle huppert © Peter Lindbergh
Mary Said What She Said de Darryl Pinckney par Robert Wilson

Isabelle Hupperte de vitesse

Du 22/05/2019 au 06/07/2019 à l’Espace Pierre Cardin – Théâtre de la Ville | Durée : 1h30 | Pour y aller

eugene pas contentParfois, une grande actrice ne suffit pas. Robert Wilson nous le montre avec cette composition désastreuse sur le destin de Mary Stuart qui épuise le spectateur tant elle est incompréhensible et vaine.

Raté, raté, trois fois raté, c’est ce qui nous est venu à l’esprit en sortant de Mary Said What She Said. Trois ans après Elle et alors que Greta avec Chloé Grace-Moretz sort au cinéma, déjà étrillé par la critique, Isabelle Huppert nous prouve qu’il n’y a pas qu’au cinéma qu’elle fait des mauvais choix. Preuve en est avec Mary Said What She Said, seule-en-scène avec l’actrice fétiche de Claude Chabrol et monologue de 86 paragraphes récités tambour battant en une heure et demie. Née en Écosse d’une mère française, la redoutable Marie de Guise, Mary Stuart est envoyée encore enfant en France où elle reçoit une éducation classique et épouse le roi François II, lequel meurt prématurément, contraignant la jeune Mary à retourner dans sa terre natale. Là, elle doit affronter l’hostilité des grands seigneurs et surtout de John Knox, l’intransigeant prédicateur qui fondera le protestantisme écossais. Elle finira par s’exiler en Angleterre et croupira en prison pendant près de vingt ans avant que la reine Elizabeth, sa propre cousine, ne la fasse décapiter sur des allégations de complot contre elle.

Cette histoire tragique n’a eu de cesse de fasciner les historiens et les écrivains, jusqu’à Stefan Zweig qui a écrit une biographie reconnue de la jeune reine. C’est paraît-il du livre de l’écrivain autrichien qu’est inspiré le texte de la pièce. Du moins, c’est ce qu’il faut en retenir car il est pratiquement impossible de comprendre quelque chose tant ce monologue était récité vite. Isabelle Huppert a beau surarticuler, son débit mitraillette empêche de saisir quoi que ce soit. Déjà ampoulé, le texte en devient incompréhensible. Mary “a osé dire ce qu’elle a dit” (“said what she said”) mais cela nous échappera toujours. Pour ne rien arranger, le son de la voix d’Isabelle Huppert est presque couvert par une musique hollywoodienne beaucoup trop forte, visiblement destinée à appuyer sur le pathos, ininterrompue du début à la fin du spectacle.

Paresseuse et show-off

Hiératique, Mary Stuart-Isabelle Huppert apparaît sur scène à peine éclairée par des néons au sol et un fond uni derrière elle, qui la font ressembler à une ombre chinoise. Cette technique, que Robert Wilson utilise pour ses opéras, apparaît ici à la fois paresseuse et show-off. C’est une mise en scène “anglo-saxonne”, criarde, démonstrative, qui surabuse des effets de lumière au point qu’on conseillerait presque aux spectateurs de ne pas s’asseoir dans les premiers rangs s’ils ne veulent pas souffrir prématurément de DMLA. Ce type de dispositif fonctionne peut-être pour un opéra, spectacle de plusieurs heures entrecoupé de chants et de danses, avec une galerie de personnages pour distraire le spectateur. Mais là, le seul-en-scène ne laisse aucun répit, aucune respiration au spectateur. Toute son attention est concentrée sur, accaparée par l’actrice. A la longue, et même assez rapidement, ce dispositif, pourtant destiné à en mettre plein la vue au public, finit par lasser.

MARY_SAID_WHAT_SHE_SAID_LOW DEFINITION_CR_LUCIE JANSCHCar on a beau assister au calvaire de Mary Stuart, on ne voit qu’Isabelle Huppert. Isabelle Huppert qui pousse un rire démoniaque pour bien nous faire comprendre que son personnage perd la raison. Isabelle Huppert qui fait les cent pas sur scène en répétant sans cesse les mêmes phrases. Isabelle Huppert bouche bée. Isabelle Huppert sous une lumière verte et crue. Isabelle Huppert qui joue en fait la femme un peu folle, un peu borderline qu’elle semble n’avoir jamais cessé d’incarner depuis des années. Isabelle Huppert fait du Isabelle Huppert. Enfermée dans son propre rôle, elle ne joue plus rien d’autre qu’elle même. A un moment, on a presque cru revoir le sketch de Florence Foresti qui moquait déjà, en 2006, le côté évanescent d’une autre Isabelle, Adjani, laquelle jouait justement Mary Stuart au théâtre. Florence Foresti ponctuait toutes ses répliques d’un “Je ne suis pas folle, vous savez” en penchant la tête sur le côté.

Avant le lever de rideau, pendant bien une dizaine de minutes avant le début de la pièce, un rideau rouge surmonté d’un écran de style pompier accueille le spectateur. Sur celui-ci passe en boucle la vidéo en noir et blanc d’un chien qui essaye désespérément d’attraper sa queue. Quand la vidéo s’arrête, un message s’affiche sur le modèle des vieux films muets avec ces mots : “You fool me, I am not that smart” (“Tu m’as bien eu, je ne suis pas si intelligent”). A la fin du spectacle, rétrospectivement, on en est presque venu à se demander si ce n’était pas ce que le spectateur était censé dire, le metteur en scène s’étant bien moqué de lui.

Avec qui y aller ? Personne. Fuyez.


Crédit photo : Lucie Jansch

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