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Roméo et Juliette de William Shakespeare

Vibrons !

Jusqu’au 23 novembre 2012, au théâtre national de Chaillot

Comment remettre au goût du jour Roméo et Juliette ? Grand bien lui fasse, le metteur en scène David Bobee se fiche du motif du conflit qui oppose les Montaigu aux Capulet, l’essentiel se trouve ailleurs. Ivres de jeunesse et fous de vivre, les héros de la pièce respirent, dansent, slament… Rarement l’on aura autant éprouvé et/ou senti l’amour vibrant que Shakespeare avait pour la jeunesse. Cela commence par des corps en mouvement.

La scène d’introduction ressemble à un ballet urbain. Les comédiens-danseurs de hip hop virevoltent et se battent comme autant de flammes vives. Pour sa nouvelle création, David Bobee mélange les genres avec brio. Incroyables, ces joutes de slam inventées par les bandes de jeunes ? Étrange, la mère Montaigu chantant une complainte en arabe ? Bizarres, ces chorégraphies de rue où les corps massifs s’auréolent de grâce ? Tout étonne et pourtant tout va de soi. Shakespeare se réinvente.

À fleur de peau, la mise en scène rend palpables les respirations et les chairs humaines. À la fois aériens et pourtant sous tension, les comédiens excellent dans cet entre-deux de vie et de mort. La superbe scénographie découvre un univers doré et métallique : les corps s’ensoleillent et les passions s’aiguisent. Les scène d’amour entre Roméo et Juliette sont électriques. La beauté adolescente est servie par une direction d’acteur tout en souplesse. Ça bouge, ça se rapproche, ça s’attire, ça rit, ça se dévore : les voilà, les amants de Vérone modernes, dépassés par la crise mais bouillonnants.

La fièvre dans la sang

L’adaptation du texte de Shakespeare par Pascal et Antoine Collin mérite d’être notée. Nerveuse, la langue y est dépouillée de ses dentelles poussiéreuses. Restent des mots crus, une poésie chantante et l’impression de redécouvrir Shakespeare. D’une affolante liberté, le texte ne craint pas de brûler. À grand renfort de tchatche et de slam, l’adaptation fait chanter le jeu des comédiens.

Sans pour autant désigner la lutte entre les Montaigu et les Capulet comme étant celle, politique, de certaines actualités récentes, cette mise en scène se fait malgré tout l’écho de violences urbaines. Sous la chaleur écrasante de l’été, nous sommes dans un pays arabe (signalons le magnifique décor mauresque conçu par Salem Ben Belkacem), dans la cour d’immeubles d’une banlieue ou dans une ville-fantôme. La mise en scène de David Bobee laisse le spectateur libre d’en décider. Dans ce monde injuste et violent, la jeunesse figure l’ivresse contestataire. Mais au milieu des bombes, la célèbre scène du balcon devient à elle seule une parenthèse de beauté et d’humour. Roméo et Juliette vivants, enfin.

Roméo et Juliette de William shakespeare, mis en scène par David bobee, au théâtre national de Chaillot.
Avec : Mehdi Dehbi, Sara Llorca, Véronique Stas, Hala Omran, Jean Boissery, Pierre Cartonnet, Edward Aleman, Wilmer Marquez, Radouan Leflahi, Serge Gaborieau, Pierre Bolo, Marc Agbedjidji, Alain d’Haeyer et Thierry Mettetal.
Crédits photographiques : Christian Ganet.

3 réflexions sur “Roméo et Juliette de William Shakespeare

Vibrons !

  1. Bonsoir,

    J’ai lu votre critique, j’ai vu ce spectacle… et je ne comprend pas!!!
    J’appellerais cette adaptation un spectacle TF1: Du spectaculaire, des effets, des prouesses à en vomir, bref du show off!!! Mais les images misent de côtés que reste t’il? Pas grand chose. IL N’Y A PAS D’ACTEUR, au mieux des personnes, sans voix, qui hurlent leur texte, le débite, en retire toute véracité, toute crédibilité, qui sur joue quand ce n’est pas faux, qui pleurnichent au lieu de pleurer, qui montrent mais n’incarne rien du tout. Quel dommage. Le metteur en scène est au service d’un auteur, d’un texte et non l’inverse. On se fout de la scénographie et de la musique (magnifique) si ces éléments ne viennent pas mettre en lumière le texte de Shakespeare (je ne parlerais même pas de la traduction). Un certain monsieur Régy nous dit que les images ne doivent pas être sur la scène mais dans la tête des spectateurs… Si vous êtes d’accord avec lui n’allez pas voir ce spectacle, vous aurez juste un horrible mal de crane. Encore une fois un metteur en scène se met en avant en oubliant de servir le génie qu’il accapare et c’est triste. Allez pour finir une note positive… la seule: Peut être aura t’il fait découvrir une oeuvre majeure à un jeunes public non initié en faisant passer la pilule à grand coup de hip hop, de slam, et de gaudriole.
    Enjoy

  2. @forissier
    haha j’avais pas ton numero pour te demander ton avis. Content de voir que je suis pas le seul à desapprouver cet article

  3. J’ai eu un peu eu cette sensation aussi d’une emission de télé presenté par un animateur cinquantenaire : « parlons aux djeuns de Shakespeare dans leur gagelan »

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