Macbeth1
Macbeth d’après William Shakespeare

Tendres clowns

Jusqu’au 8 septembre 2013, théâtre de Belleville,

Macbeth et lady Macbeth, couple légendaire et sanguinaire qui hante la bibliographie de William Shakespeare.  À l’occasion d’une représentation farfelue, les clowns Francis et Carpatte se proposent de résumer pour les spectateurs la pièce écossaise. En prenant certains détours et en ne retenant de l’intrigue que ses grandes lignes (voire ses détails insignifiants !), le duo signe un spectacle beau, drôle et plein de finesse. Sans jamais virer à la caricature, la mise en scène légère offre de belles images et des émotions à fleur de peau. Face à l’innocence des clowns, qu’est l’homme ?

Comme souvent dans les duos de clowns, l’un joue l’auguste et l’autre le clown blanc. La recette reste inchangée et pourtant elle fonctionne toujours puisque Carpatte l’autoritaire et Francis le lunaire reproduisent sur scène les ficelles connues de ce yin et yang du rire. À elle la parole et la gestion du plateau, à lui le silence et le désordre. Les comédiens Louis-Jean Corti et Maria Zachenska font montre d’une complicité et même d’une tendresse l’un à l’égard de l’autre qui berce la salle dans une atmosphère d’une grande douceur. Cette bienveillance acquise, le numéro d’une heure qu’ils nous livrent sert généreusement l’œuvre de Shakespeare sans jamais s’en moquer. Avec toute l’innocence propre aux clowns, la tragédie prend un visage de grande rigolade ou parfois même de touchante tristesse.

Parce qu’ils ne vulgarisent jamais leurs personnages, les deux clowns servent une/leur pièce avec toute la beauté qui lui incombe. Et si le ridicule s’invite aussi parfois (oui, le fantôme de Banqo est franchement risible !), il dit mieux la complexité de l’histoire – elle qui tour à tour peut jouer aussi bien la carte du solennel que celle de la farce. La force du clown réside en cela qu’il possède la capacité de dire le monde et ses aberrations tout en gardant sa fraîcheur de regard. Cette proposition de la compagnie Parallèles y parvient avec beaucoup de finesse. Ici, pas besoin de gros gags ni d’accessoires kitsch comme on peut parfois en voir dans les mauvaises clowneries mais, au contraire, de beaux moments de respiration enrobés dans un écrin imaginaire. Il ne faut parfois pas grand-chose, si ce n’est deux excellents interprètes, pour aimer l’humanité, alors merci.

Macbeth d’après William Shakespeare, mis en scène par Maria Zachenska assistée de Pierre Cornouaille, théâtre de Belleville.
Avec : Louis-Jean Corti et Maria Zachenska.

Crédits photographiques : Compagnie Parallèles.

Une réflexion sur “Macbeth d’après William Shakespeare

Tendres clowns

  1. Avignon off 2017: Je suis allé voir cette pièce avec beaucoup d’a-prioris… qui ont fondus au bout d’à peine 5 mn pour laisser la place à beaucoup de tendresse pour ces 2 clowns. Non seulement ils m’ont émus par leur jeu, épatés par leur talent mais ils m’ont aussi éduqués puisque de retour à la maison, je me suis replongé dans le texte original avec plaisir. Que demander de plus au théâtre ?
    PS: je suis retourné quelques jours après pour voir les mêmes dans leur Othello … une sorte de piqure de rappel !

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