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Ali Baba de Macha Makeïeff

Conte de Noël

 Jusqu’au 28 décembre 2013, Théâtre national de Chaillot

Pauvre ferrailleur d’un pays d’Orient, Ali Baba voit sa vie transformée par le vol d’un fabuleux butin qui fera de lui un homme riche. Une fortune qui ne va pas tarder à lui attirer les pires ennuis. Mais Ali Baba est un conte et la fantaisie s’empare de cette folle aventure, jaillissant de toutes parts sous la baguette magique de Macha Makeïeff. Son imaginaire foisonnant et son talent à semparer des petits riens pour les enchanter emporte vers un  ailleurs fantastique aussi bien quun tapis volant.

Ali BabaSorte d’idiot du village, Ali Baba vit chichement dans le souk de sa ville entouré de Kassim son frère, commerçant avare, et de la femme de Kassim, muette et pleine de convoitise. Il y a aussi Aziz Baba, le fils d’Ali, slameur et paresseux, Morgiane, esclave maligne qui entoure Ali de ses précieux conseils, le cruel prince des voleurs et toute une galerie de personnages hauts en couleur. Lorsqu’Ali s’empare du trésor des voleurs, sa vie bascule dans l’opulence mais il lui faudra déjouer bien des pièges pour garder son précieux butin. Il y aura des trahisons, des meurtres mais le monde peut bien se déchaîner autour de lui, Ali garde cette innocence et cet étonnement permanent qui semblent le protéger de tout.

Macha Makeïeff a l’art du conte. Elle a à l’évidence des images plein la tête et sait les partager généreusement. Elle aime mêler les mondes et juxtapose ici musiques orientales et tziganes, langues française, arabe et perse dans un décor de bric-à-brac fourmillant de mille idées. Ainsi, la minuscule voiture d’Ali devenu riche dans laquelle il ressemble à un enfant avec son jouet ou la cache du trésor figurée par un énorme container de chantier.

Ali BabaElle aime mêler les arts aussi. On est au cirque lorsque les voleurs acrobates bondissent sur scène dans une envolée de sauts périlleux, on passe au cinéma lors de la découverte du trésor, scène totalement jubilatoire jouée au ralenti dans une maîtrise parfaite des visages et des corps. On est au cabaret avec la danse du ventre de Morgiane. Ce parfait conte de Noël foisonne d’images, de références et l’œil s’imprègne de mille détails à la seconde.

Atmen Kelif compose un Ali Baba infiniment touchant, jouant sur de multiples registres et toute une palette d’émotions. Toujours entre étonnement et roublardise, il balade son innocence, véritable ou feinte, avec cette façon de tout prendre pour une farce et l’œil pétillant comme un gosse au spectacle. Rien n’est jamais vraiment sérieux pour Ali : pas même cet argent qui lui tombe du ciel. Il n’y a qu’à le voir épousseter le sol avec sa liasse de billets pour s’en convaincre. Pas sérieuse non plus sa réaction face au cadavre de son frère découpé en morceaux. Rien ne peut lui faire perdre ce sens de la dérision et ce sourire ravi. Alors, riche ou pauvre, qu’est-ce que cela change vraiment ? Le bonheur est ailleurs. Peut-être dans la capacité de garder une part d’enfance et, de ce point de vue, Ali Baba nous fait un très joli cadeau.

Ali Baba écrit et mis en scène par Macha Makeïeff, Théâtre national de Chaillot.
Avec : Atmen Kelif, Thomas Morris, Shahrokh Moshkin Ghalam, Canaan Marguerite, Aurélien Mussard, Romuald Bruneau, Braulio Bandeira, Philippe Borecek, Philippe Arestan, Aïssa Mallouk et Sahar Dehghan.
Crédits photographiques : Brigitte Enguerand.

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