bac_a_sable_thumb
Bac à sable de Michal Walczak

Jeux de guéguerre

Jusqu’au 28 décembre 2013, La Manufacture des Abbesses

Il joue à la guerre dans son bac à sable quand elle surgit avec ses poupées. Dès cet instant, il ne cessera de la rejeter sans être indifférent à sa présence. De leur confrontation jaillissent des émotions troublantes pour l’un et l’autre mais ils sont incapables de se comprendre. Bac à sable passe par l’enfance pour mettre en lumière la difficulté à accepter l’autre et ses différences. Il est dommage que cette belle idée de départ ne soit pas plus aboutie que le jeu désordonné des grands enfants qui se chamaillent sur scène.

Bac à sableIl pousse des cris rageurs, torpille un ennemi imaginaire, crache des onomatopées guerrières et n’a surtout besoin de personne. Elle arrive chantonnant, sautillant et coiffant ses poupées. Qui est cette autre qui n’a rien entre les jambes et envahit son territoire ? Pas question de partager son bac à sable. Ou alors, selon ses règles : deux-tiers du bac pour lui, un tiers pour elle, et encore. Et inutile d’essayer de passer la frontière sous peine de se faire sévèrement expulser. Cette guerre des sexes jouée à hauteur d’enfants embrasse l’histoire du monde. Les jeux de pouvoir, la tentation de dominer l’autre, l’envie d’aimer sans faire de concessions : tout est à l’œuvre dès le plus jeune âge. Dès le bac à sable.

Passer par la métaphore de l’enfance pour mettre en lumière les relations humaines est malin car, à cet âge-là, tout est clair et net, on ne s’embarrasse pas de bonnes manières. De ce point de vue, la pièce fonctionne, chacun criant haut et fort ce qui l’insupporte. Pourtant, Bac à sable reste trop sage. La pièce procède par tableaux assez répétitifs. Il est seul, elle arrive, lui tourne autour, il se laisse approcher jusqu’à ce que ça dérape. Elle est l’élément perturbateur et lui l’agressivité même, elle est la victime, lui le bourreau. On s’essouffle vite à les regarder se chamailler comme deux gamins dans une cour de récréation. Le débat ne s’élève pas. Le texte manque de ressorts, les dialogues sont souvent plats et parfois même brouillons lorsque sa voix à lui recouvre la sienne. Et tout s’arrête dans une pirouette sans véritable fin.

Si la question de la tolérance à l’autre est pertinente et passionnante, le traitement qui lui est réservé ici souffre d’une vision binaire et d’un style potache. On reste enlisé, hélas.

Bac à sable de Michal Walczak, mise en scène de Ewa Rucinska, La Manufacture des Abbesses.
Avec : Simon Jeannin et Ewa Rucinska.
Crédits photographiques : La Compagnie du Soir.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *