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Fauna de Romina Paula

L’Autre

Jusqu’au 21 décembre 2013, théâtre de la Bastille, dans le cadre du Festival d’Automne à Paris

Depuis qu’elle l’a aperçue fièrement dressée sur un cheval un soir de tempête, la comédienne Julia est fascinée par Fauna, femme mystérieuse qui alimente toutes les rumeurs et de nombreux fantasmes. Par le passé, la vieille dame s’est en effet travestie en homme pour pouvoir accéder à des cercles de poésie alors uniquement réservés à la gente masculine. Deux ans après l’incident du cheval, Julia débarque avec son amant-réalisateur dans la maison de feu Fauna et rencontre les enfants de celle-ci. Ils veulent faire un film sur cette figure mythique et leur demandent de participer à cette recherche.

Entre ces quatre personnages se noue dès lors une étrange relation, faite de troubles et de rêveries, où flotte l’image transgenre de Fauna. La metteure en scène et auteure Romina Paula organise son plateau avec peu d’éléments et sans écrin. En résulte un spectacle certes intelligent mais sans pouvoir de fascination, où l’ennuie guette sans souffle.

Quel chemin empruntent les créateurs pour accoucher d’une œuvre ? De cette question riche, Romina Paula construit une intrigue aux multiples tiroirs. Qu’elle évoque le personnage de Fauna, les artistes qui veulent traiter de Fauna comme ceux qui ont vraiment traité avec elle : sa mise en scène lie et délie tout ce petit monde, chacun se reflétant dans une des multiples facettes de l’icône. De discussions en mises en pratique, les sentiments accompagnent le travail de recherche et le complètent. La réalité ne pouvant jamais suffire à l’homme, son besoin d’histoire et de fantasme se trouve ici rassasié par une quête vaine de la vérité – ou de ce que l’on voudrait qu’elle soit. Et c’est à travers le prisme du genre que nous est donné à entendre une réflexion subtile sur la sacro-sainte division féminin/masculin – ici bousculée car questionnée.

Malgré son propos passionnant et un texte plutôt bien écrit, Fauna ne décolle jamais. La scénographie se base sur un parquet en bois gigantesque dans lequel se découpe quelques carrés d’eau, de feuilles… Pourquoi ? Cette fioriture sied mal à un texte qui réclamait soit un dénuement extrême soit un songe total. Au milieu de ce plancher vide, les comédiens se cherchent sans se trouver. Leurs corps ne s’aimantent pas et il semble difficile de lire un quelconque désir dans cet espace scénique qu’une lumière pleins feux balaye par trop de réalisme. Quelques moments de grâce suspendent le temps (la scène d’aveu d’amour entre les deux hommes), pour le reste, l’ennuie saupoudre le plateau. Où est passée l’épice, le sel, la fougue ? Ce théâtre certes exigeant dans sa conduite n’apporte ni baffe ni éclat ni colère. Avec indifférence, Fauna se passe. Et pourtant, sans transiger sur le fond, il pouvait s’en passer des choses…

Fauna, écrit et mis en scène par Romina Paula, théâtre de la Bastille, dans le cadre du Festival d’Automne à Paris.
Avec : Esteban Bigliardi, Rafael Ferro, Pilar Gamboa et Susana Pampín.
Crédits photographiques : Sebastián Arpesella.

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