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Les Fourberies de Scapin de Molière

Le trublion philosophe

Jusqu’au 13 décembre 2013, CDN de Besançon (puis en tournée)

Tout le monde connaît Scapin : des « Mais que diable allait-il faire dans cette galère ? » de Géronte à la fameuse scène des coups de bâton, la pièce de Molière fait partie de la mémoire collective. Ce qui la rend d’autant plus délicate à monter, chacun en ayant déjà sa propre représentation. Christian Esnay en livre aujourd’hui une vision épurée, usant de peu d’effets pour mieux laisser la place au texte et au jeu des comédiens.

Les Fourberies de ScapinComme souvent chez Esnay, la représentation ne cherche pas à cacher ses artifices, la mécanique théâtrale l’intéressant tout autant que l’histoire. Ainsi, les comédiens, pas encore vraiment en personnages, attendent sur le plateau pendant que les spectateurs s’installent. Le jeu commence lorsque Sylvestre entre en rôle en se dessinant une moustache à la vue de tous.

La pièce est alors lancée, avec pour tout décor quelques jeux de rideaux et de lumières. Octave, désespéré à l’idée du retour de son père, appelle à son secours Scapin et s’envole ensuite dans les bras de l’amour en dansant avec Hyacinthe. En deux tableaux sont illustrés les drames comme la légèreté virevoltante de la jeunesse emportée par ses émotions absolues. Face aux fils tout en mouvements, les pères se présentent raides comme la justice, gonflés de certitudes et se gargarisant de leur autorité. Ils se veulent ancrés dans le monde mais, face à la vitalité des jeunes amours, ils semblent avoir déjà un pied dans la tombe.

Au milieu du choc générationnel se trouve le trublion expert en fourberies, Scapin, interprété par Esnay lui-même. Énergique, tenant tout du long un jeu sur le fil, à la limite entre la farce et la comédie. Un Scapin d’autant plus complexe et intriguant qu’il est un homme mûr que sa condition sociale force depuis toujours à plus de souplesse de pensée et d’intelligence humaine que ses maîtres. Beaucoup plus. Philosophe pragmatique, il préfère rire de tout et se montre plus généreux que ce qu’il voudrait bien admettre. Une générosité à l’image du théâtre à la fois fier et populaire que construisent pièce après pièce Esnay et la compagnie des Géotrupes. Cette nouvelle fourberie leur va bien.

Les Fourberies de Scapin de Molière, mise en scène de Christian Esnay, CDN de Besançon.
Avec : Belaïd Boudellal, Pauline Dubreuil, Gérard Dumesnil, Rose Mary d’Orros, Georges Edmont, Christian Esnay, Jacques Merle.
Crédits photographiques : Alain Fonteray.

Tournée :
–       23 et 24 avril 2014 : scène nationale de Saint-Nazaire
–       13 et 14 mai 2014 : théâtre d’Arras

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