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Macbeth de William Shakespeare

Mnouchkine en cinémascope

Jusqu’au 13 juillet 2014, Théâtre du Soleil

Après avoir visité de nombreux autres univers, Ariane Mnouchkine revient à William Shakespeare avec Macbeth. Elle se saisit de ce texte sombre et le transpose dans une Écosse contemporaine, où les journalistes courent après la royauté et où Macbeth, hagard et las de tout, tente de se divertir devant non pas un mais trois écrans de télévision. Mnouchkine s’en donne à cœur joie pour faire résonner avec notre époque moderne la quête du pouvoir pour le pouvoir de Lady Macbeth et son époux. Les tableaux sont magistraux, mais la direction d’acteurs reste en dessous.

MacbethCertains aspects du travail de Mnouchkine demeurent irrésistibles. Sa volonté farouche de ne pas lésiner sur les décors et les ambiances, d’aller jusqu’au bout du découpage très cinématographique de Macbeth, passant d’une lande ravagée par la guerre aux fastes d’un palais royal, le temps d’une cavalcade effrénée des comédiens sur le plateau. Ces changements de scénographie, rapides, magiques, chorégraphiés d’une main de maîtresse nous refont à chaque fois tomber amoureux du théâtre.

Mnouchkine n’excelle jamais autant que lorsqu’elle plonge ses comédiens dans de larges et puissantes scènes de groupe. L’arrivée en héros de Macbeth, accueilli par le roi, sa cour et les médias, illustre parfaitement cette maestria : rarement on aura vu ce passage aussi bien représenté. Par mille détails, la mise en scène rend évidente et crédible la transposition contemporaine de la pièce tout en en préservant l’esprit. L’enfermement final de Macbeth dans un bunker – autant protection que cage – en est un autre bel exemple.

Mais il y a un mais. Si les scènes d’ensemble fonctionnent à merveille, l’interprétation se révèle inégale et, de façon très problématique, le couple Macbeth peu convaincant. Une double difficulté se pose : en appuyant sur sa vilénie à lui et son égarement hystérique à elle quasi d’entrée de jeu, les personnages se retrouvent bloqués dans leur évolution et passent à côté des subtilités de la pièce en restant sur la même partition du début à la fin. Par ailleurs, l’absence d’alchimie sexuelle entre les Macbeth est un véritable écueil par rapport au texte shakespearien – la passion du couple ne transparaît ni dans leurs échanges ni dans leurs étreintes et baisers maladroits.

La générosité de ce spectacle total, les tableaux expertement mis en scène par Mnouchkine valent le détour et l’on regrette d’autant plus que tout ne brûle pas du même souffle incandescent.

Macbeth de William Shakespeare, mise en scène d’Ariane Mnouchkine, Théâtre du Soleil.
Avec : Serge Nicolaï, Nirupama Nityanandan, Maurice Durozier, Duccio Bellugi-Vannuccini, Vincent Mangado…
Crédits photographiques : Michèle Laurent.

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