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Murmures des murs de Victoria Thierrée-Chaplin

Un bel emballage

Jusqu’au 23 mai 2015, théâtre du Rond-Point

Aurélia Thierrée1 ne dépare pas dans la lignée de comédiens-danseurs-prestidigitateurs-circassiens à qui rien ne semble impossible dont elle est issue. Dans la plus pure tradition familiale, Murmures des murs est un spectacle onirique à l’esthétique bluffante, quasi sans parole. Moments de rêve, de poésie et de virtuosité s’enchaînent – difficile de ne pas être épaté par la magie élégante de l’ensemble. Mais au final, que nous raconte-t-on ? Pas grand-chose.

murmure_des_murs3Une femme assise au milieu de cartons et d’objets à moitié emballés s’amuse à faire éclater les bulles d’un plastique d’emballage. Une image qui réveille une part d’enfance, le plaisir de sentir la pression céder sous ses doigts avec un « pop » étonnamment fort au regard de la taille des petites poches d’air crevées. L’immeuble doit être vieux et abîmé si l’on en juge par la poussière et le plâtre qui tombent du plafond alors que les déménageurs la pressent de partir. Tandis qu’elle finit de ranger ses dernières affaires apparaissent les fantômes cachés dans les recoins et les murs de ce bâtiment décrépi.

S’enchaînent alors saynètes et tableaux peuplés d’êtres fantasques et fantastiques : un monstre-échelle, un homme trop porté sur la bouteille, des humains-oiseaux, etc. Le bâtiment glisse aussi bien dans l’espace que le temps, emmenant la protagoniste dans une traversée aussi séduisante qu’irréelle. L’exécution est impeccable – Victoria Thierrée-Chaplin est aussi à l’aise pour manipuler des marionnettes de bric et de broc que pour littéralement danser dans les airs. Elle a su s’entourer de deux interprètes hors pair : l’excellent danseur Jaime Martinez et le comédien Antonin Maurel qui apporte une touche d’humour bienvenue.

Si la magie opère sur certains passages, d’autres souffrent de longueurs. Certaines débauches de moyens pour une image fugace laissent parfois perplexe. Plusieurs scènes ne paraissent exister que pour leur beauté plastique (telle par exemple la séquence de séduction de la femme-oiseau), ne véhiculant peu ou pas d’émotions ni de symbolique leur permettant de nous toucher ou de leur donner du sens. Murmures des murs fait briller les yeux mais laisse un goût vain en bouche. Le tout est plaisant, certes, mais à qui s’adresse-t-il et pour dire quoi ?

Murmures des murs, conçu et mis en scène par Victoria Thierrée-Chaplin, théâtre du Rond-Point.
Avec : Aurélia Thierrée, Jaime Martinez, Antonin Maurel.
Crédits photographiques : Richard Haugton.

  1. Fille de Victoria Chaplin et Jean-Baptiste Thierrée, sœur de James Thierrée. []

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