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Kiki de Montparnasse

La belle muse

Jusqu’au 18 octobre 2015, Le Lucernaire

Kiki de Montparnasse fait partie de ces figures emblématiques du Paris d’avant-guerre, un Paris empli d’artistes et ivre de sa propre liberté. Modigliani, Foujita, Cocteau, Hemingway et tant d’autres y créent dans une ambiance festive où se mêlent pauvreté d’un jour et excès en tout genre. Kiki, débarquée de sa province à 16 ans, avec sa gouaille, ses engouements, ses chansons, sa gaieté entraînante, va vite devenir leur muse. Elle pose pour un repas ou quelques francs, s’entiche de certains peintres et deviendra l’amante passionnée de Man Ray. Mais l’éclat des lumières du Dôme et de la Rotonde ne suffisent pas à faire disparaître les zones d’ombre : l’alcool et la drogue ne sont pas loin.

Sur le plateau, quelques objets symbolisent les ateliers d’artistes de l’époque : pinceaux, trépieds, sculptures, un grand miroir… Au fond, une petite scène accueille l’accordéoniste et le guitariste qui accompagnent le récit et les chansons, ainsi qu’un long écran en forme de toile de peinture pour projeter des vidéos. Théâtre, musique et vidéo : Jean-Jacques Beineix souhaite se saisir de tous les outils à sa disposition pour rendre l’énergie et la folie de ce parcours hors normes. Hélas, au lieu d’un feu d’artifice, l’utilisation qu’il fait de ces trois médiums est trop souvent redondante, notamment les chansons qui reprennent quasi systématiquement les éléments déjà contés dans les saynètes, faisant perdre le rythme à l’ensemble. Quant aux vidéos, si certaines sont réussies, d’autres sont tout simplement moches – un comble de la part d’un metteur en scène qui n’a pourtant plus à prouver qu’il peut être un brillant cinéaste.

Héloïse Wagner donne une solide interprétation de Kiki de Montparnasse. Elle joue, danse et chante avec énergie. À ses côtés, les musiciens non seulement accompagnent brillamment les passages musicaux mais, au-delà, apportent un univers sonore cohérent tout au long du récit. Certes, avec des interprètes de ce niveau, Kiki de Montparnasse propose une pièce qui « tourne », mais il est frustrant de ne jamais y être vraiment éblouis, emportés par la démesure de ces créateurs qui refaisaient le monde au cœur de Montparnasse.

Kiki de Montparnasse d’après Souvenirs retrouvés de Kiki de Montparnasse, mis en scène de Jean-Jacques Beineix, Le Lucernaire.
Avec : Héloïse Wagner, Rodrigue Fernandes, et en alternance Rémi Oswald ou Jean-Yves Dubanton.

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