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Je suis Fassbinder de Falk Richter par Falk Richter et Stanislas Nordey

Fascisme, le retour du refoulé

Du 10/05 au 04/06/2016 au Théâtre de la Colline | Durée 1h55 |Pour y aller

eugene plutot pas contentUne pièce qui interroge le retour de l’extrême droite en Europe à la lumière des évènements de Cologne et des combats de Rainer Maria Fassbinder (1945-1982). Malgré son engagement et sa résonance avec l’actualité, Je suis Fassbinder tourne en rond et ne fait que survoler la vie du célèbre cinéaste et dramaturge allemand.

1977. L’année où Marie Myriam interprète pour la France L’oiseau et l’enfant, que l’on massacre ici en deux minutes en la présentant comme “la pire chanson jamais chantée à l’Eurovision”. Cinéaste prolixe, Rainer Maria Fassbinder – à ne pas confondre avec l’acteur Michael Fassbender – souhaite réaliser “son trentième film pour son trentième anniversaire”. Il travaille à l’élaboration de l’Allemagne en automne qui sortira l’année suivante. Car 1977, c’est aussi l’année où la RDA vit au rythme des attentats commis par le groupe d’extrême gauche Baader-Meinhof. A l’instar de la France post-13 novembre de 2015, l’Allemagne vit donc plongée dans l’état d’urgence. Une situation qui fait craindre à beaucoup d’intellectuels, dont Fassbinder, la résurgence d’un nazisme que l’on croyait disparu.

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Ecrite dans la foulée des évènements du Nouvel An à Cologne, fortement imprégnée par la crainte de la progression de l’extrême droite face à la crise des migrants, Je suis Fassbinder instaure un jeu de correspondances entre notre époque et celle, pas si lointaine, de l’Allemagne du réalisateur dans sa période faste, comme pour suggérer que l’Europe est condamnée à retomber toujours dans les mêmes travers. Qu’aurait eu à dire Fassbinder sur notre époque, sur la résurgence de l’extrême-droite et de la xénophobie en Europe, lui qui dénonçait la façon dont le fascisme, puissamment incrusté dans la psyché allemande, était loin d’avoir disparu dans les années 1970 ? C’est à cette question que la pièce tente, plutôt maladroitement, de répondre.

Où est Fassbinder ?

La figure de la mère de Fassbinder et les évènements du Nouvel An à Cologne en sont les deux motifs récurrents. La pièce s’ouvre sur deux acteurs qui rejouent une conversation entre Fassbinder et sa mère et imagine ce qu’ils auraient eu à dire des agressions sexuelles en masse qui y ont été commises le 31 décembre 2015. On retrouve la même mère un peu plus tard, sur des images d’archives, déclarant benoîtement à son fils qu’il faudrait à l’Allemagne un dictateur qui serait “gentil”. Là se situe le coeur de la réflexion des auteurs : secrètement, beaucoup d’Européens ne veulent pas d’un système démocratique qu’ils jugent mauvais et décevant. Ce qu’ils souhaitent, c’est un despote éclairé, qui les protègera, sans même se rendre compte qu’une fois qu’on lui a laissé les clés de notre destin, la dérive est irrémédiable.

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Certes, rarement une pièce avait posé avec autant d’acuité les problématiques actuels : xénophobie, repli sur soi, peur qui mène au désir d’autoritarisme. Mais dès la première scène, la cadre est posé : le racisme, c’est mal – mantra qui sera répété tout au long de la pièce. D’où une impression de tourner en rond. La pièce ne cesse de faire des détours et pèche par abus de redites et de longueurs. Le discours final ne vient que conclure tout ce qui a déjà été dit et répété cent fois tout au long du spectacle.

Et en dépit des bonnes intentions, on peine à proposer un contre-discours. Lorsqu’un personnage féminin se lance dans un monologue aux accents quasi-fascistes (“Où sont les hommes ? Qui nous protègera de ces hordes de migrants musulmans et violeurs ?”), les autres se retrouvent impuissants à la contrer. Comme si les auteurs de la pièce – Stanislas Nordey et Falk Richter – admettaient déjà être eux-mêmes dépassés par la résurgence de la xénophobie.

Déjà-vu

Et nous, on se demande presque ce qu’est venu faire Fassbinder dans cette galère, convoqué ici pour justifier un discours qui n’était peut-être pas le sien. Comme s’ils s’en étaient rendu compte, et peut-être parce qu’il fallait bien contenter les fans du cinéaste, les auteurs se sont quand même décidés à évoquer la vie de Fassbinder dans quelques scènes. Malheureusement, certains éléments de la vie de Fassbinder reproduits ici, comme son mauvais caractère, sa tendance à maltraiter ses amants ou ses collaborateurs, nous sont déjà en grande partie connus, ne serait-ce que par ses pièces.

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Les acteurs de Fassbinder y sont tournés en ridicule dans leur volonté de bien faire, de surjouer la colère et le désespoir, les orgies sinistres du réalisateur y sont reproduites sans fard. Un extrait de dispute conjugale est visiblement emprunté à Gouttes d’eau sur pierres brûlantes, porté à l’écran par François Ozon. Et la mise en scène semble vouloir cacher le fait qu’il est en fait très peu question de la vie de Fassbinder ici, en multipliant les artifices scéniques. Que ce soit avec ses photos qui tapissent la scène, la grosse moquette en poil qui rappelle certaines scènes de ses films ou des passages de ses interviews lus à voix haute par les comédiens.

Pièce fourre-tout

Au bout du compte, on a affaire à une pièce hybride, voire brouillonne, en dépit d’une mise en scène hyper millimétrée, avec mise en abyme (la caméra qui diffuse sur une partie de la scène les dialogues tenus sur l’autre partie) et usage des voix chorales des comédiens qui incarnent une Europe à la dérive : “Je suis…Je suis…Je suis”. Je suis : ce jeune homme qui galère en banlieue, ce bobo de Paris qui préfère cultiver son jardin et manger bio plutôt que de s’intéresser à la politique et à un monde qu’il ne comprend plus, ce jeune néonazi alsacien qui déteste les Noirs sans en avoir jamais vu un seul et tombe en pâmoison devant Marion Maréchal-Le Pen.

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Les comédiens ne sont pas en cause et donnent de leur personne. Félicitations notamment à celui qui a eu le courage de se livrer à un numéro de “schwanz-tanz” – on vous laisse le loisir de chercher la traduction de ce mot – sur scène. Mais le résultat est en demi-teinte. La pièce n’est même pas à recommander aux amateurs de Fassbinder, qui pourraient être déçus, avoir l’impression qu’on a plaqué un discours très actuel sur la vie de leur idole. Et si Fassbinder s’était retrouvé dépassé par les évènements de Cologne, tout artiste engagé qu’il ait été ? Et s’il n’avait rien eu à en dire ? A cette question, aucune oeuvre ne peut prétendre répondre à sa place.

Avec qui y aller ? Votre ami qui passe des journées (et ses nuits) à Nuit Debout et – peut-être ou peut-être pas – un connaisseur de l’oeuvre de Fassbinder.


Crédit photo : @Jean-Louis Fernandez

3 réflexions sur “Je suis Fassbinder de Falk Richter par Falk Richter et Stanislas Nordey

Fascisme, le retour du refoulé

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