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Le jeu de l’amour et du hasard de Marivaux par Salomé Villiers

Relecture pop

A découvrir au Festival Off d’Avignon | Durée : 1h20

eugene3Une jeune troupe propose une vision pop-rock et extravagante d’une pièce de Marivaux sur les questionnements sentimentaux d’une jeune fille de l’aristocratie au 18e siècle. Une façon comme une autre de souligner la modernité du propos.

Comme tous les jeunes filles de son âge ou presque, Silvia s’apprête à se marier et faire son grand saut dans la vie d’adulte. Sauf que nous sommes au 18e siècle. Et si son promis n’était pas le bon ? S’il s’avérait n’être au bout du compte qu’un gros beauf vulgaire et laid ? Pour parer à cette éventualité, et observer son futur fiancé sans qu’il le sache, la jeune fille met au point une ruse : échanger sa place avec sa servante.

Sauf que Dorante, son élu, a choisi le même stratagème et enfilé, lui, les habits de son valet. Seuls le père et le frère de Silvia sont dans la confidence, et ne manquent pas de manipuler un peu plus la situation pour mieux rire au détriment de nos deux jeunes tourtereaux. S’engage alors un jeu de dupe où ressort tout à la fois le comique de situation et la vérité : même sous le déguisement d’un autre, les amants finissent par suivre le chemin que leur indique leur cœur, le servant avec la servante, Dorante avec Silvia.

le-jeu-de-l-amour-et-du-hasard 2Une comédie galante assez classique en somme, sauf que grâce au talent d’une jeune metteuse en scène, Salomé Villiers, laquelle interprète aussi le personnage principal, la farce amoureuse du 18e siècle devient une comédie acidulée et pop, dans un cadre tout à la fois champêtre et sixties. Une relecture moderne et rafraîchissante qui s’adapte parfaitement à l’intrigue, la dépoussière et lui donne un second souffle. Le texte de Marivaux, comme dans d’autres de ses pièces, est souvent très écrit, ce qui laisse la place à la profondeur des sentiments et à la dimension psychologique.

Angoisse moderne

Une dimension parfaitement décrite par les rêves – retransmis sur écran – de Silvia dans laquelle celle-ci s’imagine déjà enchaînée sans possibilité de s’échapper. Bien que situé dans la France de l’Ancien Régime, le dilemme de Silvia renvoie ainsi à une angoisse très moderne, abondamment relayée par la littérature féminine type Bridget Jones : la peur de l’engagement et plus généralement, la peur du passage à l’âge adulte.

De lointaine, la situation des femmes de l’époque avec ce qu’elle avait d’aliénant – mariage de convenance sans possibilité de divorce avec un homme que l’on connaissait à peine – nous paraît dès lors plus proche. Tour de passe-passe astucieux, l’usage de la vidéo permet aussi de passer sur des longueurs pénibles autrement, comme la naissance des sentiments réciproques de Silvia et Dorante ou l’arrivée impromptue de ce dernier sous les traits de son valet, et donne une dimension authentiquement comique à la pièce de Marivaux.

mariodorante

Le jeu de l’amour et du hasard nous présente donc une galerie de personnages tout à la fois stéréotypés et profondément humains: la servante au grand cœur, le jeune premier, la douce ingénue ou encore le père débonnaire et rêveur. Si le discours social est discret, la pièce a le mérite, nouveau à l’époque, de montrer des personnages issus de milieu modeste capables d’exprimer leurs sentiments avec autant de sincérité, si ce n’est un peu plus de maladresse, que les aristocrates.

Chose qui n’a pas échappé à Salomé Villiers, dont le jeu, comme celui des autres comédiens, est très honnête, sans oublier d’être hilarant. Mention spéciale également à Bertrand Mounier qui incarne le personnage iconoclaste de Mario, frère de Silvia, sorte de diablotin farceur et hors-cadre, esprit libre et ambigu, qui sait jouer avec les sentiments de sa sœur tout en faisant preuve d’intelligence et de générosité.

Avec qui y aller ? Un cœur tendre, un.e étudiant.e en psychologie, un traumatisé des comédies en costume, un amoureux du rire.


Crédit photo : @Théâtre du Lucernaire

 

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