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La mort est mon métier de et par Franck Mercadal

Itinéraire d’un enfant du IIIe Reich

Du 7 au 30/07 2016 à l’Espace Alya (relâche les 12, 19 et 26/07) | Durée : 1h | Pour y aller

eugeneDans ce seul en scène adapté du célèbre roman de Robert Merle, Franck Mercadal reproduit le parcours de Rudolph Lang, le “concepteur” d’Auschwitz. Une pièce glaçante et toujours actuelle sur les rouages qui permettent à la barbarie de voir le jour chez les êtres humains les plus ordinaires.

A tous ceux qui seraient tentés de lever les yeux au ciel en s’écriant “Encore le nazisme !”, le Rhino a envie de répliquer: “Ne passez pas votre chemin, La mort est mon métier est une pièce on ne peut plus nécessaire. Tirée du roman de Robert Merle, lui-même largement inspiré des mémoires de Rudolph Hess, elle décrit le parcours de Rudolph Lang, commandant et concepteur d’Auschwitz, qui perfectionna les techniques d’extermination industrielle mises au point par les nazis au point d’obtenir un “rendement” largement supérieur à celui des autres camps.

Après une enfance malheureuse sous l’autorité d’un père bigot et tyrannique qui voulait faire de lui un curé, Rudolph découvre le plaisir de tuer en Turquie pendant la Première Guerre mondiale. A cette “répétition” avant les barbaries à venir succèdent les années de vache enragée, l’engagement dans des groupes d’extrême droite encore embryonnaires et le premier meurtre politique, lequel lui ouvrira, après la prison, les portes du Parti nazi.

Galerie de personnages

Dans ce seul-en-scène écrit, produit et mis en scène par lui-même, Franck Mercadal excelle. Avec son visage lisse, taillé à la serpe, il semble né pour jouer ce rôle, avec une capacité impressionnante à passer d’un personnage à un autre, à incarner successivement le père autoritaire, l’épouse effacée, le junker prussien ou le médecin sadique – malgré quelques répétitions dans les mimiques.

Son personnage est tour à tour timide, émotif et dur, à des années-lumières de l’automate froid et désincarné que décrivait Robert Merle dans son livre. Grâce à une mise en scène impeccablement rodée, la pièce colle des frissons, même aux plus familiers du sujet. Quant à ceux qui n’ont pas lu le roman, ils trouveront sans doute cette adaptation glaçante.

Des époques qui se répondent

Aussi étonnant que cela puisse paraître, en dépit de la différence tant culturelle que géographique, cette mise en scène peut permettre de comprendre les mécanismes qui poussent aujourd’hui de jeunes désœuvrés à rejoindre les rangs de Daech ou du Front national. Le terreau qui a enfanté le nazisme et la radicalisation islamiste est la même : sentiment d’humiliation géopolitique, chômage, perte de sens du travail. Et la conséquence presque identique : on tombe sous la coupe d’un gourou, dans une organisation de type sectaire qui décide jusqu’au choix de votre conjoint.

Au bout du compte, on se retrouve pris au piège, dans une terrible spirale où obéissance aveugle et remords se combattent. Dans la pièce, le climax est atteint quand Elsie, la douce et docile épouse de Rudolph Lang, lui demande s’il serait capable de tuer ses propres enfants si on lui en donnait l’ordre. La réponse, terrible, semble lui échapper : “Naturellement… ”

Avec qui y aller ? Un wannabe djihadiste, un électeur du Front national, un étudiant qui découvre l’oeuvre de Hannah Arendt.


Crédit : Compagnie de la Courte Echelle/Espace Alya

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