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Ludwig, un roi sur la Lune de Frédéric Vossier par Madeleine Louarn

L’homme qui ne voulut pas être roi

Les 11, 12 et 13/07 à l’Autre Scène du Grand Avignon, Vedène | Durée : 1h30 | Pour y aller | Toutes les dates de la tournée

eugene3Interprété par des comédiens handicapés, Ludwig revient sur la vie et les malheurs de Louis II de Bavière, prince rêveur, enfant coincé dans un corps d’adulte. Loin d’une biographie linéaire et classique, on assiste ici à un spectacle intimiste, au plus près de l’univers intérieur d’un homme au destin tragique.

Décidément, Luchino Visconti aura été à l’honneur de la 70e édition du IN d’Avignon. Après Les Damnés, dont le texte reprend le scénario du film éponyme, une autre metteure en scène s’est penchée sur un thème abordé par le réalisateur italien. Avec Ludwig, Madeleine Louarn décrit de façon onirique la vie et les tourments de Louis II de Bavière, roi misanthrope et rêveur, qui détestait régner, lutta toute sa vie contre ses penchants homosexuels et finit noyé dans des circonstances mystérieuses.

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Dès les premières minutes, le ton est donné, suggéré par une comptine enfantine et la boule transparente (le nom technique est fitball) censée figurer une Lune que le petit Ludwig serre dans ses bras : notre héros est et restera un homme-enfant perdu dans un monde qui n’est pas le sien, celui des adultes.

Face à ses échecs, en grandissant, Ludwig s’aigrit, maltraite ses proches, ne s’adressant plus à eux qu’en grognant, un fouet à la main. À la fin de sa vie, on ne le voit plus que manipuler son moi vieillissant, caché derrière lui, le nourrissant ou le faisant parler à sa place.

Biographie rêvée

Loin du portrait historique, sur des rythmes pop allemands ou rock, et même une surprenante reprise jazz de Billie Jean, l’orchestre visible sur scène de Rodolphe Burger (habitué depuis Billy The Kid à ce genre de spectacle hybride qui mélange musique et théâtre) permet une plongée dans l’univers du roi, influencé par la mythologie germanique célébrée dans les œuvres de Wagner.

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Tous les évènements marquants de la vie de Ludwig sont décrits comme s’ils se passaient dans un rêve ou un conte pour enfants : l’arrivée au pouvoir après la mort de son père, la fascination pour le compositeur Wagner puis l’exil de ce dernier, les fâcheux qui viennent rappeler à Ludwig ses obligations royales. Même l’homosexualité de Ludwig, cause de tous ces malheurs, n’est abordée que de façon tantôt très crue (sa cousine Sissi évoquant “les pénis de paysans dans les jonquilles”) tantôt de façon hyper allégorique, par un chaste baiser qui paraît se dérouler, là aussi, dans un rêve.

A lire aussi : Billy the Kid, I love you par Loo Hui Phang, Rodolphe Burger, Julien Perraudeau, Fanny Michaëlis et Philippe Dupuy, Rimbaud au Far West

Ceux qui s’attendaient à un biopic en seront pour leurs frais. Les éléments biographiques sont seulement suggérés, comme s’ils n’étaient pas centraux. Ce qui donne à ce Ludwig une dimension universelle : il n’est plus seulement un roi prisonnier des conventions sociales du 19e siècle, il est le symbole de tous ceux qui refusent, encore aujourd’hui, de vivre dans un univers cadenassé et froid, celui des adultes.

Scène bi-frontale

Comme pour mieux montrer l’isolement de Ludwig dans un monde imaginaire qu’il s’est lui-même confectionné, la pièce comporte finalement assez peu de dialogue : les monologues aux accents vibrants, parfois légèrement abscons, succèdent aux morceaux de musique qui balisent les évènements de la vie de Ludwig. La disposition “bi-frontale” (les spectateurs se retrouvent face-à-face, des deux côtés de la scène) renforce ce sentiment. Elle nous permet une proximité avec le personnage principal, comme s’il nous était donné, à nous spectateurs, de se porter au plus près de son univers.

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Sans doute en écho à l’autisme supposé de Ludwig, les acteurs, qui sont tous ou presque trisomiques ou eux-même autistes, signent une interprétation tout à fait honnête. Madeleine Louarn nous livre un spectacle plutôt touchant en dépit de quelques maladresses, comme la diction parfois hasardeuse des comédiens, sans doute inévitable, ou les mauvais raccords de musique entre les morceaux. Ludwig aura au moins le mérite de montrer qu’il est possible d’aborder une histoire tragique comme celle de Louis II de Bavière sans sombrer dans le drame en costume ou l’esthétisation à outrance de l’homosexualité.

Avec qui y aller ? Votre ami qui aurait désiré être Rimbaud à l’adolescence.

A lire aussi : Les Damnés d’après le scénario de Luchino Visconti, Nicola Badalucco et Enrico Mediolo par Ivo Van Hove, Inconfort maîtrisé


Crédit : @Christophe Raynaud de Lage

Une réflexion sur “Ludwig, un roi sur la Lune de Frédéric Vossier par Madeleine Louarn

L’homme qui ne voulut pas être roi

  1. bonjour

    ai juste coché la case qui m’intéressait « Prévenez-moi de tous les nouveaux articles par email. » voilà, c’est tout…. merci
    cordialement

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