vdf_2
Visage de feu de Marius von Mayenburg par Pierre Foviau

Famille Ravagée

Du 06 au 14/07/2016 à la Manufacture à Avignon | Durée : 1h50 (navettes comprises) | Pour y aller

Une famille banale : deux parents et deux adolescents. Une famille si normale que les adolescents détestent leurs parents et souhaitent ne jamais devenir comme eux. Une famille comme tant d’autres autour de vous sauf que celle-ci va glisser vers l’inceste et le meurtre. Sans crier garde et sans signe particulier. Un beau texte mis en scène avec un parti pris marquant qui sera respecté de bout en bout.

Lorsqu’on entre dans la salle, c’est d’abord le décor qui nous parle. Un mur semi-carbonisé se dresse au fond et une table longue, presque sans fin, occupe la quasi totalité de la scène. Pour une pièce sur la pyromanie, le mur prémonitoire annonce le dénouement de la tragédie. Quant à la table, on comprend rapidement qu’elle va devenir un personnage de la pièce à part entière.

Repas familial tragique

Tout se passe autour de cette table. Lorsqu’un acteur parle, il allume une lumière et s’anime. Sinon, il reste dans l’obscurité et entend sans écouter les conversations des autres. Ainsi, les scènes situées n’importe où dans la maison se déroulent finalement à cette table, et le choix de cette omniprésence rappelle l’impossible intimité des membres d’une famille. Le secret n’existe pas vraiment et au mieux chacun se leurre ; l’ignorance est toujours partiellement feinte. C’est aussi cela qui pousse les enfants à la révolte. Ils sentent bien que tout se sait et peu se dit.

Le thème de l’adolescence comme moment de passage entre la vie enfantine et adulte arrive dès la première scène. Kurt et Olga sont dégoûtés de leur place d’enfant. Ils souhaitent devenir des adultes, mais pas n’importe lesquels. Pas ces adultes-là, comme leurs parents, ou ce petit ami. Or Paul, le copain d’Olga, les aspire vers l’âge adulte. Il est maladroit et limité, mais il est aussi l’élément perturbateur. Celui qui, en s’invitant au repas familial, change la dynamique et risque d’amener Olga hors du champ de cette table. Et les enfants refusent.

vdf_20

Un traitement simple et droit

Ce qui frappe tout au long de cette pièce, c’est qu’elle file comme une flèche vers sa cible. Les thèmes traités sont graves, parfois terribles ou dramatiques, et grâce à la mise en scène le récit avance sans s’appesantir ou dramatiser. Tout devient quotidien et normal, même les relations incestueuses. Comme dans une famille qui fermerait les yeux aux drames se déroulant sous son toit. Le style de jeu est également très réaliste et très droit, malgré la contrainte de la table. Emile Falk-Blin (Kurt, le fils), Marion Lambert (Olga, la fille) et Adrien Desbons (Paul, le copain d’Olga), font avancer l’intrigue avec énergie, les parents (Thierry Mettetal et Marie Boitel) marquent les respirations dont le texte à besoin.

C’est aussi en toute simplicité que la musique se fait directement sur le plateau. Au second plan et partiellement caché par le décor, Arnaud Lefin joue en live tout le long de la pièce. On en vient presque à se demander quelle figure de la vie de famille il pourrait représenter, car sa présence est indispensable pour amplifier l’ambiance mortifère de ce foyer, voire nourrir les pulsions de chacun, sans pour autant qu’il soit physiquement mis en valeur. Comme s’il était le squelette dans le placard. Celui qui connait l’origine du mal qui les ronge, qui se gausse et les excite depuis sa cachette, jusqu’à leur dernière expiration.

Avec qui y aller ? Votre ado, ceux qui pensent que les enfants sont intrinsèquement bons, un.e pyromane ou Néron ?


Crédit photo : Cie Les Voyageurs

Une réflexion sur “Visage de feu de Marius von Mayenburg par Pierre Foviau

Famille Ravagée

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *