1
Fever room de et par Apichatpong Weerasethakul

De paysages réels en paysages célestes

Du 05 au 13/11/2016 au Théâtre de Nanterre – Amandiers | Durée : 1h20 | Pour y aller

Dans le cadre du Festival d’Automne à Paris, le théâtre de Nanterre – Amandiers, habitué des formes théâtrales plurielles, nous présente Fever Room de et par Apichatpong Weerasethakul. Continuité théâtrale de son film Cemetery of splendour (2015), ce spectacle nous plonge dans un voyage onirique.

On a la sensation, en entrant dans la salle sombre du théâtre de Nanterre, de s’apprêter à assister à une projection, calfeutrés dans ce volume restreint. C’est en réalité un immense dispositif et spectacle immersif qui se déploient à même la grande salle. Les images se succèdent et se déclinent, nous transportant des souvenirs du réalisateur thaïlandais à ses abstraites rêveries.

La contemplation, de l’écran à l’immersion

Weerasethakul reste fidèle à son approche cinématographique, où la lenteur est un prétexte à dévoiler une beauté dans l’ordinaire et le quotidien de ses personnages. Ici, il y a quelque chose de plus flou du côté de la narration, mais l’idée reste la même. Le temps est donné de pénétrer les lieux où nous nous trouvons, notamment le fleuve Mékong, par une succession d’écrans entourant le public.

22

Présenté comme une continuité du film Cemetery of splendour (2015), ce spectacle décrit une transition de l’audiovisuel au spectacle vivant, tout en mettant en scène une envolée : à un regard naturaliste succède une ascension hallucinatoire, visuelle et sonore, nous menant à des ambiances stratosphériques et puissantes, menées avec patience.

Une monumentalité qui s’installe

Le dispositif déployé dans l’espace, par son échelle et sa sourde violence, a quelque chose de terrifiant. La salle est métamorphosée par des installations lumineuses irréelles et le monde créé par Weerasethakul.

Si tel était son but, alors il réussit très bien à nous transporter au delà de ce qui s’énonce, et à nous faire entrapercevoir avec poésie ce que pourrait être l’apocalypse. Fidèle à son titre ainsi qu’à l’oeuvre filmique l’ayant précédé, ce travail se situe entre sommeil, rêve, lenteur et fièvre, et tisse une nouvelle réalité : celle de la sensibilité de l’artiste qui a pris le soin de créer le monde autonome qui l’habite. Le résultat est résolument grandiose.

3

Spectacle vivant ou installation plastique ?

Appartenant à cette génération d’artistes aux multiples langages qui s’approprient les salles de théâtre, l’auteur situe bien son travail du côté de l’installation plastique et vidéo. Pas de comédien sur le plateau, uniquement un public dont l’envol constitue le centre de l’action. Le travail sonore, fin et nuancé, ajoute à cette expérience une totalité indéniable : car c’est assis à même le sol, et au plus proches des vibrations sourdes des basses, que l’on apprécie Fever Room.

Cela sera peut-être trop arty pour certains, qui peut-être ne retrouveraient pas la dimension humaine et le rapport au temps présent qui les amènent au théâtre. Fever Room est-il d’ailleurs particulièrement prévu pour le théâtre ? Bien que le rythme et le déroulement de ce spectacle le situent bien du côté de l’expérience sensible, on aurait tout aussi bien pu le voir dans un musée, une salle d’exposition adéquatement amenagée, ou tout autre lieu propice à accueillir des performances artistiques.

Avec qui y aller ? Vos amis vidéastes, architectes, plasticiens et musiciens.


Crédit photo : Chai Siris, Courtesy of Kick the Machine Films

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *